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dimanche 12 avril 2020

Si je dois retenir une chose...

L'autre nuit, j'ai rêvé que je passais un entretien d'embauche auprès d'un journaliste parisien qui voulait m'engager comme assistante pour travailler sur un gros dossier. Puis je me baladais tranquillement sur un quai de Seine... avant de me rendre compte, paniquée, qu'il y avait foule autour de moi : des gens étaient assis aux terrasses de cafés, d'autres marchaient en petits groupes. C'est à ce moment-là aussi que je me suis rendu compte que j'avais serré la main du journaliste juste avant, et une drôle d'angoisse m'a alors saisie... puis je me suis réveillée.



A part ce genre de signaux qui semblent indiquer que je ne suis quand même pas tout à fait rassurée par la situation actuelle, je dois dire que je vis ce pseudo-confinement de manière plutôt sereine. A la maison, on a mis en place une routine qui fonctionne assez bien. Je réapprends à passer de bons moments avec mes enfants... ça faisait longtemps, et ça fait du bien. Et puis, ici, on a toujours cette soupape de sécurité : on peut sortir, on sort autant qu'on veut, en forêt, loin des gens. C'est là que je suis vraiment reconnaissante de vivre en Suisse, où les règles sont moins strictes que chez nos voisins Français. Et de vivre dans un village, à deux pas de la forêt.



En fait, je crois que je ne suis jamais autant sortie me promener que depuis que tout a fermé. Avant, je ne prenais pas aussi souvent le temps de sortir avec les enfants, d'aller explorer la forêt juste au-dessus de notre village. Avant, je passais toute la journée à la bibliothèque, et je rentrais juste à l'heure du souper, laissant mon mari s'occuper des enfants après l'école. C'était bien aussi comme ça, j'avais au moins l'impression d'avoir du temps pour moi. Mais je passais moins de temps dehors. Il faut dire aussi que c'était l'hiver. Oh, ce temps-là semble être à des millénaires...



On sort chaque jour se promener. On s'est même créé un petit Coin Secret, là-haut dans la forêt. Dans une vieille souche, on a fait une petite cachette pour petits animaux dans laquelle on dépose de temps en temps des morceaux de pomme ou des noisettes. On a fabriqué deux bancs avec des arbres coupés - il y a beaucoup d'arbres coupés. On a créé un petit foyer au centre d'un cercle de pierres : aujourd'hui, on y a fait des grillades, pour Pâques. Oh, et d'ailleurs, ce matin, le lapin de Pâques est passé : il a déposé pour nous des lapins et des œufs en chocolat, et même un gros paquet pour les enfants !



Autour du Coin Secret, il y a mille et une merveilles à découvrir. Des centaines de petites fleurs des bois de toutes les couleurs - j'en distille les photos sur mon compte Instagram. Un cerisier sauvage tombé, le tronc cassé en deux, probablement lors d'une tempête en janvier ou février, mais qui continue à fleurir. D'autres cerisiers sauvages en fleurs, encore debout, ceux-là. Chaque jour, la végétation a un peu changé. Les anémones ont laissé la place aux violettes, qui se sont fait rejoindre par des gesses de printemps, qui se perdront bientôt dans un tapis de feuilles vertes... C'est absolument fascinant. C'est absolument fabuleux.



Si je dois retenir certaines choses de cette période, que ce soit celles-là :

la nature est belle et elle est juste à ma porte
mes enfants sont adorables au moins autant qu'ils sont fatigants
ralentir est bon, ralentir est bien, j'ai de la chance et je dois m'en souvenir.

lundi 30 mars 2020

Petits miracles du confinement

Je ne vais pas mentir, quand les écoles ont fermé et que le Conseil fédéral a commencé à nous demander de rester autant que possible à la maison, j'ai d'abord cru que je n'allais jamais m'en sortir. Rester enfermée chez moi avec mes sales gosses et mon mari me paraissait... comment dire... un peu comme la pire chose qui pouvait m'arriver. Entre les cris des uns, les pressions de l'autre pour que j'avance à tout prix dans mon mémoire, le stress engendré par la psychose due au coronavirus, le compte des personnes atteintes et des morts, les mesures de plus en plus strictes...

Non. Impossible. J'aurais souhaité ne pas avoir d'enfants, ne pas avoir de mari, être seule chez moi pour pouvoir me terrer dans mon lit, angoisser et ressasser mes idées sombres. Si j'avais pu, j'aurais voulu m'endormir et me réveiller six ou sept semaines plus tard, quand tout serait derrière nous. Enfin, peut-être.

Oui, ça n'allait pas très fort.

Et puis le temps a passé. L'angoisse a diminué petit à petit. J'ai commencé à apprécier certains aspects de cette situation, comme les sorties en forêt avec les enfants. Les bricolages. Le pain fait maison.

Enfin, au début de la semaine passée, j'ai décidé qu'on allait se reprendre en mains. J'ai ressorti un petit tableau noir qu'on n'utilisait plus depuis pas mal de temps, ai inscrit la date du jour tout en haut et ai appelé mes enfants. Ensemble, on a préparé un programme pour la journée. Le programme de nos journées, à présent, du lundi au vendredi.

Programme familial des journées de « confinement »

Le matin, c'est école à la maison pour les enfants (avec leur papa), travail sur mon mémoire pour moi. On fait trois sessions de 45 minutes, avec un quart d'heure de pause entre elles. Deux heures et quart de travail efficace par jour, c'est un bon départ.

Après le repas, une fois que la table est débarrassée et la cuisine rangée, on a réussi à instaurer un temps calme. Ça paraît peut-être banal ou évident pour certains d'entre vous, mais chez nous c'était loin, très loin de l'être. Là, on installe chaque enfant dans une pièce différente (un dans la chambre, l'autre au salon), avec comme consigne de lire ou de faire un dessin. Seules ces deux activités sont autorisées ! On met une minuterie d'une heure... et on va se reposer, nous aussi, dans notre chambre. Ça marche plutôt bien, à mon grand étonnement.

Ensuite, c'est le moment d'une activité en famille. On fait de la pâtisserie, un bricolage ou un jeu de société. C'est un très chouette moment ensemble, un petit moment de plaisir retrouvé... Ça fait du bien. En général, le week-end, c'est difficile de motiver les enfants à faire quoi que ce soit : ils ne pensent qu'à jouer à leur console ! Là, comme c'est dans le planning, ils acceptent volontiers l'activité. Mieux, ils la réclament ! On a déjà fait un moelleux au chocolat, une décoration avec des perles, des petites cartes de vœux avec de la peinture...

Coccinelles, une jolie idée trouvée sur Pinterest

Après l'activité, c'est l'heure de la sortie. On a la chance de pouvoir aller en forêt, ou sur des petits chemins de campagne où on ne croise pas grand-monde. On fait donc un tour tous les jours, sauf quand il fait vraiment trop froid ou trop moche.

Pour finir, les enfants ont droit à un temps libre... En général, ça veut dire qu'ils se ruent sur leur tablette. En temps normal, ils n'ont droit aux écrans que le week-end, mais on a décidé d'être un peu plus souples. Ils ont donc droit à une heure de tablette... mais pas à la console. Ça, c'est toujours uniquement le week-end !

Pervenche en forêt

Et il me semble que peut-être, doucement, on retrouve un petit peu d'harmonie, un équilibre. On prend du plaisir à être ensemble. Je prends du plaisir à être avec mes enfants, ce qui n'a de loin pas toujours été le cas. On a vécu pas mal de passages difficiles, où il me semblait que notre vie n'était que cris, pleurs, frustrations, refus, chantage et fatigue. Petit à petit (pas seulement depuis le confinement) les choses semblent enfin être en train de changer... Il y a quelques petites lueurs d'espoir. Des rires. De bons moments partagés.

Espérons que ça dure.