vendredi 20 septembre 2019

L'art du langage

- Alors Grand Loup, tu veux quoi sur ta tartine ? demandé-je.
- Biduf ! répond-il en pointant du doigt le pot de miel.

« Biduf » fait partie d'un ensemble de quelques mots qu'il a inventés lui-même, qui composent sa nouvelle langue et qu'il utilise à toutes les sauces, même quand on préférerait qu'il utilise des phrases et des mots « normaux » à la place ; je veux dire, des mots de notre bon vieux français.

Pour Grand Loup, en ce moment, « biduf » désigne un objet quelconque, « baduf » désigne quelque chose qu'il adore (comme par exemple, sa Nintendo Switch), et j'ai oublié la signification de « gabuche », qu'on entend aussi régulièrement (Ah, ça veut dire « bulle », vient de me dire Grand Loup. Allez savoir.). Ah, oui, et « daduche » veut tout simplement dire « merde ». Le P'tit Loup, en tant que bon petit frère, se met aussi à utiliser le même vocabulaire.


Autant vous dire qu'on a parfois du mal à se comprendre, et qu'on a droit à des conversations légèrement surréalistes à la maison. Par exemple, un dimanche matin :

- Coucou Grand Loup, tu as bien dormi ?
- Baduf ?
- Non, pas de jeux vidéo avant le déjeuner, tu le sais très bien !

Question invention de langues imaginaires, il n'en est pas à son coup d'essai. Vers 3 ou 4 ans, il avait créé le « pourititi », un langage qui contenait au moins une bonne vingtaine de mots, dont il se souvenait et qu'il utilisait toujours pour désigner la même chose - pas comme son petit frère qui lui aussi, invente des mots généralement longs et imprononçables, mais les a déjà oubliés quelques secondes après les avoir dits.

Un exemple notable de mot de pourititi, qui est toujours utilisé par une partie de la famille, est le mot « mondokène ». Il désigne la poignée du robinet de la terrasse, chez mes parents, qui s'enlève assez facilement (ce qui est très utile, pour empêcher les enfants d'ouvrir le robinet et de s'asperger).

- Mam, tu as mis où le mondokène ?
- Sur le micro-ondes.

Il a aussi créé des phrases entières, comme celle-ci : « Bin nen preken kese tin dine », qui signifie « Je ne comprends pas ce que tu dis ». Je vous suggère de bien la retenir, au cas où vous étiez amené à discuter avec mon fils.

Récemment, il a même fait un cours accéléré de pourititi à son petit frère. Voilà le panneau que j'ai retrouvé, scotché sur leur armoire :



Quand j'étais petite, j'avais moi aussi inventé quelques mots, qu'on a utilisé pendant des années, dans ma famille. Il y avait d'abord le « piroudi », qui désigne une acrobatie que j'adorais faire, enfant : un adulte nous tient par les mains, pendant qu'on grimpe avec ses pieds sur ses genoux, puis sur son torse, jusqu'à faire, toujours tenu par les mains rassurantes, un genre de pirouette en arrière. Un piroudi, quoi. Et vous connaissez sans doute ces espèces de moustiques géants qu'on voit voleter en été (mais qui ne piquent pas, heureusement), les cousins ? Je les avais baptisé « lubards ». Eh bien pour mes parents comme pour moi, il est maintenant difficile de les appeler autrement !

J'avais aussi créé le mot « plasnouiller », qui signifie tout simplement « embêter ». J'ai très souvent dû demander à ma sœur d' « arrêter de me plasnouiller ».

Alors bon, autant ça me plasnouille d'entendre mon fils me répondre « biduf » plutôt que d'utiliser une phrase entière avec des mots précis que je comprends, autant je ne peux pas vraiment lui en vouloir - il a de qui tenir. Et je reconnais toute l'étendue de sa créativité !



Et vous, des petits mots inventés à partager avec moi, les vôtres ou ceux des enfants qui vous entourent ?

13 commentaires:

  1. Dans ma famille, il n'y a pas si longtemps (avec aucun enfant dans notre entourage pourtant) on a renommé tout animal mignon "Henri". Autant te dire que quand 2 cinquantenaires et 2 vingtenaires discutent du dernier Henri qu'ils ont vu, on nous regarde bizarrement, hahaha
    Bisous ;)

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    1. Merci pour le fou rire, j'adore!

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    2. Incroyable la précision du vocabulaire et l'invention de ces mots très précis! Je dois avouer que je ne connaissais pas ça! Je n'ai pas souvenir d'avoir inventé des mots petite, et Mark ne le fait pas non plus.

      Par contre, on a... maltraité certains mots. Par exemple, la tétine de Mark (... au rebus depuis des années!) s'appelle "nana", parce que "na" c'est "prendre" ou "tenir" en chinois, et que Mark à deux ans nous ordonnait "na na", en gros de lui ramasser ou de lui donner sa tétine. On utilise aussi le mot chinois pour "thermos", "nuanbing", je ne sais pas pourquoi.

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    3. Haha, c'est vrai qu'il n'y a pas que les enfants qui inventent des mots. Avec mes soeurs, on a pas mal de mots qu'on est les seules à comprendre ;)

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    4. Zhu : C'est joli aussi, ces petits mots empruntés au chinois !

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  2. Pas de mot inventé chez moi, en revanche, dans ma famille lorsque l'on dit "virgule", on sait que la personne va passer du coq à l'âne. Ma soeur changeait souvent de sujet en cours de route et on ne suivait pas alors mon papa lui a suggéré de dire "virgule" pour qu'on sache qu'elle passait à autre chose. C'est resté.

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  3. Nous avons aussi quelques mots ou expressions familiales, restes de prononciations enfantines approximatives. Quelques mots aussi subsistant de parties particulièrement drôles du jeu du dictionnaire, où nous avions préféré garder le sens des définitions inventées (ex : un cochon "noise", pour dire "sale"). Et puis quelques mots "locaux" aussi, bretons (un riboul pour un petit passage étroit le long d'une maison) ou normands (clencher), l'eau pour la Seine…

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    1. J'adore lire toutes vos histoires, comme quoi, toutes les familles ont leur petites histoires de mots ;)

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  4. Chez nous mon fils quand il ne savait pas encore parler disait "cané" pour canapé, c'est resté. pas tout les jours mais ça nous arrive quand même souvent de dire "le cané".
    Ou les "chuchutes" pour les chaussures.
    on a jamais parlé bébé avec notre fiston mais malgré tout certains mots inventés par lui sont restés ;-) Comme mon alias par exemple : "Mahie" est le deuxième mot qu'il a dit après "papa"!

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    1. Les "chuchutes", j'adore !
      Oh, et c'est donc de là que vient ton pseudo ? C'est une jolie histoire.

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  5. Je suis linguiste alors tu peux imaginer comme j'adore cette histoire :) Mes parents racontent que quand j'étais petite et que ma petite soeur apprenait tout juste à parler, je lui enseignait tout faux. Par exemple je prenais une carotte et je disais "regarde, ça c'est une pomme de terre" et je prenais une tomate et je lui disais "répète après moi, carotte, carotte"... Après, comme on avait déménagé en Suisse, on aimait traduire des expressions françaises en vaudois. Par exemple on adorait Tintin, alors au lieu de se traiter de "espèce de moule à gaufres," comme le Capitaine Haddock, on disait "espèce de fer à bricelets!" C'est resté :) (J'adore aussi l'histoire de la virgule de Valvita!!)

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    1. Hahaha, génial ! Ta sœur sait parler correctement, maintenant, j'espère ;)
      Et "espèce de fer à bricelets!", il faudra que j'essaie de la ressortir, celle-là.

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