lundi 4 octobre 2010

1ère bougie

Voilà, aujourd'hui, cela fait un an que je suis arrivée à Maurice. C'était un dimanche matin, tôt... Toute la famille de Brian était venue me chercher à l'aéroport, et nous étions partis en vadrouille dans le sud, là où de hautes falaises noires protègent la terre des assauts de la mer.

A part les cheveux de Brian... on a changé ?



Cela fait aussi un an que je n'ai plus revu ma famille... Ils me manquent, bien sûr. Heureusement, je me sens bien avec mon chéri, et que je me suis habituée à ma vie d'ici. Ce n'est donc pas trop dur de vivre loin d'eux, mais il y a des moments où j'aimerais bien que ma maman soit là pour me conseiller, entendre les gags de mon papa, ou faire la folle avec mes petites soeurs...



Sinon, la Suisse me manque. L'insouciance. On a tout là-bas, tout ce qu'il faut, et même tout ce dont on n'a pas besoin. Si on a un grosse envie de chocolat, on l'achète, on le mange. On va au restaurant, on s'assied sur les terrasses en été et on boit un coca pourtant beaucoup plus cher qu'au supermarché, une bière, un café au lait. Si une vitre est cassée, on la fait réparer. On décide du jour au lendemain de partir en voyage au bout du monde; avec Easy Jet, on file à Istanbul pour un week-end, et avec Air India, on s'en va visiter les merveilles du Rajasthan. A Noël, les cadeaux s'empilent sous le sapin, on offre sans compter. Les gens promènent leur bébé dans de belles poussettes, vont au travail dans de jolies voitures, rentrent le soir dans leur maison coquette.

Et c'est normal, et tout cela paraît normal, et pourtant, ici les vitres cassées peuvent le rester des années, on peut ne jamais trouver l'argent pour repeindre une pièce ou même peindre sa maison en entier; une partie reste alors nue, grise. On savoure chaque biscuit que l'on déguste, chaque morceau de fromage encore plus. Un voyage à la mer quand on habite Port-Louis, c'est un moment rare, on ne sort pas tous les week-ends. On se sent un peu coupable d'être aller manger au McDo, car c'est beaucoup d'argent dépensé pour un seul repas. Son bébé, on le porte dans les bras, parce qu'une poussette, ça coûte cher et qu'on ne la ferait pas entrer par la porte étroite et surélevée des bus.

Je ne parle pas de moi. Je ne parle pas de tous non plus. Certains peuvent ici aussi se permettre d'aller au cinéma tous les mois et chez le coiffeur toutes les semaines pour leur brushing ; certains aussi n'ont malgré leur salaire pas même assez pour payer l'électricité, pas même assez pour se nourrir. Je ne parle pas de nous, je parle de vous surtout, de votre insouciance, de la chance que vous avez, de l'envie que cela peut susciter de voir sur Facebook un statut: "Trop cool ce voyage à Barcelone" ou même "Ce soir, c'est soirée pizza les filles !". De cette impression qu'il n'y a pas d'issue, pas vraiment de lumière, de soulagement à attendre, parce que les salaires n'augmentent pas mais que le coût de la vie, lui, ne cesse de monter, monter, monter.

Je ne pensais pas m'aventurer jusque-là en commençant ce post. Ça fait du bien de le dire. Je devrais arrêter de ne parler que de nos sorties et nos moments de plaisir, pour parler un peu d'autre chose parfois...

3 commentaires:

Mam a dit…

1 an, 1 an déjà depuis la dernière fois où je t'ai prise dans mes bras sur le quai de la gare ! Toi aussi tu me manques. J'aimerais souvent pouvoir juste te regarder tout en papotant de tout et de rien.
Je me réjouis tellement de vous revoir bientôt :) !
Est-ce que vous avez changé en une année ? Pas vraiment, je vous trouve toujours aussi mignons ;)! Peut-être y a-t-il un peu plus de gravité dans ton sourire, gravité qui transparaissait déjà sur la photo de famille à la veille de ton départ et qui est encore plus présente dans ton post du jour.
C'est vrai qu'ici nous oublions souvent à quel point nous sommes privilégiés. Il est bien évidemment très confortable de savoir que le nécessaire (et même pas mal de superflu) est assuré au quotidien.
Mais quand les humains n'ont plus trop à craindre pour leurs besoins de base, ils trouvent toutes sortes d'autres soucis à se faire et je ne suis pas certaine qu'ils soient tellement plus heureux !
Quand je raconte à des gens d'ici que tu vis à Maurice, la plupart pense que tu as choisi une vie paradisiaque et je suis parfois amenée à relativiser un peu les choses.
Bisous ma douce, et plein de tendres pensées à partager avec ton chéri et ton tout petit !
<3<3<3

martine a dit…

Après une année vous avez toujours vos visages avenants et souriants. Si on pouvait te voir en entier Joanna, peut-être te trouverait t-on changée? et si on pouvait lire en vous ne verrait t-on pas ce que vous avez déjà construit ensemble?
C'est avec plaisir que je lis ton blog et j'espère avoir l'occasion de vous rencontrer dans votre île lointaine...

Cara a dit…

Mam: Bien sûr, je ne dis pas que les gens sont forcément plus heureux...

Martine: Oh, ça me fait plaisir d'avoir un petit commentaire :) J'espère aussi avoir l'occasion de se revoir bientôt.