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mardi 25 août 2020

Routine retrouvée

Depuis hier, j'ai repris le chemin de ma jolie salle de lecture à la bibliothèque pour travailler. Mes enfants sont de retour à l'école, leur papa est là pour les récupérer à midi puis l'après-midi - j'avais donc envie d'avoir vraiment mes journées, isolée de l'agitation de la maison, pour travailler.

Je me demandais si j'allais devoir porter le masque toute la journée, mais non. Ils ont juste retiré une grande partie des chaises - il n'en reste plus que 3, bien espacées, autour des grandes tables qui peuvent normalement accueillir jusqu'à 9 personnes. Le traditionnel distributeur de désinfectant pour les mains se trouve à l'entrée, et sur chaque table est posé un vaporisateur bleu, accompagné d'une affiche nous invitant à nettoyer notre place de travail à notre départ. Le masque n'est obligatoire que dans les couloirs, le hall, et dans la partie "lecture publique" de la bibliothèque.


Désolée pour la photo ultra-moche, mais je n'avais que mon téléphone sous la main
 

Ça fait du bien de retrouver ma petite routine : prendre le train (pas trop bondé, à 8 heures), descendre à pied depuis la gare, faire quelques pas au bord du lac avant d'aller prendre place à la bibliothèque. Pouvoir travailler sans se soucier de l'heure du retour des enfants, sans être tentée d'aller vite mettre une machine à laver ou d'aller me réchauffer un reste de lasagnes du frigo. Espérons que je réussisse à être productive. Espérons que j'arrive enfin, bientôt, à terminer ce fichu travail de master.

vendredi 7 février 2020

Super-héroïne

Ça faisait longtemps que je n'avais plus pensé à cette période de ma vie. Et puis, je ne sais plus trop comment, mais je me suis mise à en parler chez la psy. Mon Grand Loup était bébé, et sur mon blog je le surnommais le Bibou. J'habitais à l'Ile Maurice, je venais de devenir Maman pour la première fois. J'avais 23 ans.

Tout était nouveau, je venais d'acquérir un nouveau statut, je commençais une nouvelle vie, une vie de maman... Je me rendais compte qu'à partir de ce moment, c'est moi qui allait devoir prendre les décisions : comment fallait-il l'habiller ? Fallait-il l'emmener chez le médecin, ou est-ce que ça allait passer ? Moi, et mon mari, bien sûr. Je découvrais que je ne pouvais plus décider de l'heure à laquelle j'allais me coucher (il fallait que mon bébé dorme pour que je puisse dormir), ni de celle à laquelle je me lèverais. Quand on sortait, il fallait penser aux couches, aux habits de rechange - heureusement, je l'allaitais, pas de biberons à emmener ni de lait à réchauffer.

Et au milieu de tout ça, 12 semaines à peine après un accouchement plus ou moins traumatisant, j'avais repris le travail. Un nouveau travail. Dans l'enseignement. J'avais été engagée pour donner des cours de journalisme - moi qui n'ai jamais été journaliste. Toute seule, j'ai dû élaborer le programme et le contenu de mes cours. Moi qui n'avais jamais encore enseigné, moi qui avais un petit nouveau-né de 12 semaines...

Petits pieds en mai 2011

Je préparais mes cours dès que le bébé s'endormait et jusqu'à onze heures, minuit, une heure du matin, souvent interrompue pour une tétée. J'allais me coucher, le petit me réveillait encore plusieurs fois pendant la nuit, affamé. Vers 10 heures du matin, j'enfourchais mon vélo pour aller donner mes cours. A midi, je rentrais en vitesse à la maison pour donner à téter à mon bébé, ou alors je retrouvais mari et bébé quelque part en ville pour l'allaiter. L'idéal aurait été que je tire mon lait, mais c'était compliqué... Je travaillais six jours par semaine, le samedi uniquement le matin.

En juillet ou août, mes parents et ma sœur étaient venus passer quelques semaines de vacances chez nous (moi, aux vacances, je n'y aurais pas droit avant d'avoir travaillé une année entière dans cette compagnie), et ils m'avaient offert pour mon anniversaire un bon pour un massage, dans un institut. C'était un massage d'une heure et demie, un massage balinais. La masseuse n'arrêtait pas de me dire que j'étais tendue, et effectivement, au bout de l'heure et demie, j'étais toujours aussi crispée, aussi fatiguée, je n'avais absolument pas réussi à me détendre.

Quand je lui ai raconté tout ça, la psy m'a dit que j'avais été une super-héroïne. Elle a sûrement raison. Quand j'y repense, je me demande comment j'ai fait pour faire tout ça, pour survivre à tout ça. Étrangement, malgré la fatigue, les incertitudes, le stress, le ras-le-bol parfois, jamais je me suis laissée aller à penser que j'étais malheureuse. Non, je n'étais pas malheureuse. C'était ma vie, et c'était comme ça. J'appréciais chaque moment passé avec mon fils, on découvrait petit à petit ses sourires, ses vocalises, on l'admirait alors qu'il apprenait à soulever la tête, à se retourner, à attraper ses pieds. C'est peut-être vrai finalement que la dépression, le burn-out et ce genre de maladies sont des maladies de pays riches. Parce que quand on n'a pas le choix, on ne peut pas se laisser aller, on ne peut pas s'effondrer, on continue et c'est tout, c'est la vie et c'est tout.

Petits pieds en juillet 2011

J'écris ça, et je sais que ce n'est pas tout à fait vrai : je pense à une personne, une Mauricienne, une proche, qui elle a bien failli s'effondrer - je ne sais pas si elle a mis le mot de dépression sur ce qui lui arrivait, mais ça y ressemblait bien. Je repense souvent à elle. Avec ses trois enfants insupportables, son mari parti loin pour gagner de l'argent - et peut-être aussi pour s'éloigner d'elle. Elle qui me racontait son désespoir à la naissance de son troisième fils : à l'hôpital avec son nouveau-né, elle savait qu'un autre bébé (de 10 ou 11 mois !) l'attendait à la maison... Et nous, on passait parfois du temps avec elle, mais souvent j'avoue qu'on avait envie de la fuir, parce qu'elle nous plombait avec ses plaintes et ses histoires déprimantes. J'ai honte, en y repensant.

Je ne sais pas trop où ça me mène de repenser à tout ça. Peut-être que c'est des choses qui devaient être dites, qui méritaient d'être mises par écrit - parce que je n'en avais pas parlé sur le moment sur mon blog. Peut-être que ça vaut la peine que je me souvienne que j'ai réussi à faire tout ça. Que j'ai été une super-héroïne. Je n'y crois qu'à moitié, je crois plutôt que j'ai été un peu folle, un peu inconsciente, que je n'aurais peut-être pas dû accepter ce nouveau travail à l'époque, même s'il était mieux payé que l'ancien. Que j'aurais dû faire d'autres choix... Mais enfin, le passé est passé. Alors, mieux vaut que je me dise, que j'essaie de croire, que j'ai bel et bien été une super-héroïne. Peut-être même que j'en suis encore une.

mercredi 14 janvier 2015

Sur le chemin du travail

Je disais il y a peu qu'un de mes objectifs pour cette année était de me trouver un "vrai" travail. C'est que pour le moment, je n'ai pour ainsi dire qu'un semblant d'emploi.

Attendre quelques minutes... que LE moment se produise. (Berne, Suisse)

Tous les lundis, je me rends dans notre charmante ville fédérale pour y donner un cours de français. Une fois par semaine, je suis donc absente de chez moi pendant plus de cinq heures pour donner une heure et demi de cours à une quarantaines de kilomètres de chez moi. Je redépense donc à peu près un tiers de ce que je gagne en billets de train ; autant dire que si je devais en plus faire garder mes enfants par quelqu'un d'autre que ma gentille et bénévole maman, ça ne vaudrait même pas la peine de me fatiguer. Si ce n'est pour grapiller un peu d'expérience, et pour profiter d'une matinée (presque) rien qu'à moi.

Au même instant, la façade du Palais fédéral s'illumine.


Le Palais a des airs de château fort...
C'est que tout le reste du temps, ou presque, je suis avec mes deux petites terreurs adorables garçons. Et même s'il arrive que le petit dorme et que le grand joue tranquillement, me laissant un peu de répit, ils ne sont jamais bien loin, et à n'importe quel moment, l'un peut se mettre à pleurer ou l'autre à brailler « Maman ! » comme si sa vie était en jeu (« Oui mon chéri, je viens jouer aux rails... faire rouler Thomas, ou Rosie ou qui tu veux »).

Palais fédéral et maison typique, Berne, Suisse.

Le lundi, j'ai donc ma matinée à moi. Dans le train, je peux lire, je peux rêver, regarder le paysage (en ce moment, de magnifiques paysages givrés, gris-verts, avant le lever du soleil) - ou revoir mes notes. Arrivée à destination, j'ai un peu de temps pour flâner avant le début du cours. J'ai testé à chaque fois un chemin différent pour me rendre dans l'entreprise où mon élève m'attend. À la recherche du trajet le plus court, mais aussi pour partir à la découverte de ruelles pittoresques, de maisons impressionnantes ou de détails étonnants.

Piste cyclable, Berne, Suisse

En ce moment, j'arrive là-bas juste à l'heure où le soleil se met à pointer au-dessus des Alpes, embrasant les bâtiments et faisant ressortir la fumée qui s'échappe des cheminées. Je suis ébahie à chaque fois.

Brins de gazon.
Cette semaine, je me suis enfin décidée à emmener mon appareil photo et ses trois objectifs (plutôt encombrants). Et je m'en suis donnée à cœur joie.

Cristaux sur une haie.
J'ai avancé lentement, je me suis arrêtée, j'ai cherché du regard tout ce qui pouvait m'intéresser, des monuments aux petits détails. La combinaison du givre déposé un peu partout et du soleil levant était juste incroyable. Et pas de poussette à trimballer ni de gamin à empêcher de se jeter sur la route. Le calme.

Saurez-vous deviner ce que l'on voit au premier plan ?
Au retour, la lumière avait perdu un peu de son enchantement, mais j'avais toujours du temps devant moi, alors j'ai continué.

Un peu d'amour...

Au bord de l'Aar.

Faune citadine.
En repassant devant le Palais fédéral, j'ai aperçu un attroupement et entendu le son de mégaphones.

Si vous regardez bien, vous apercevrez de drôles de créatures dans la foule...
Des orateurs étrangement déguisés s'exprimaient sur le recueil de signatures fructueux contre le percement d'un nouveau tunnel routier sous le Gothard.

Protégeons... les bouquetins ?
J'ai hésité à rester quelques minutes et à me joindre à la foule, alléchée par les tables couvertes de petits fours destinés à être dégustés une fois les discours terminés, mais j'avais quand même un train à prendre... alors j'ai passé mon chemin.