lundi 31 mai 2010

De la liberté de la presse...

Moi qui croyais être venu emménager dans une démocratie... je me mets à en douter.

Il y a un journal. Pas celui où je travaille. Un bon journal, je veux dire. Plutôt à gauche, mais surtout indépendant. Contrairement à un autre qui n'en a que le nom.

Ce journal a une attitude critique. A l'égard du gouvernement, évidemment, mais pas seulement. Pendant la campagne électorale, ils ont avant tout dénoncé le manque de débat d'idées, les campagnes basées sur le communalisme, etc... Et ce au sujet des deux candidats. Contrairement à d'autres feuilles de choux qui affichaient clairement leurs couleurs, quitte à occulter ce qui se passait dans les meetings du camp adverse et oublier toute forme d'impartialité.

Or, j'apprends que depuis plusieurs années (depuis 2006, une année après l'accession au pouvoir de l'actuel Premier Ministre), le gouvernement a décidé d'arrêter de faire paraître ses avis publics (appels d'offres, avis de fermeture des routes, et autres) dans ce journal. Ne les faisant passer que dans celui où je travaille, qui a pourtant un plus faible tirage... Et privant ainsi le premier d'une partie de ses revenus, mais privant surtout ses lecteurs d'informations importantes !

Après les dernières élections, ils sont même allés au-delà. Il semblerait que l'ordre ait été donné aux différents ministères de résilier leur abonnement à ce quotidien, qui était jusqu'alors acheté et mis à la disposition des fonctionnaires. Plus grave encore : on a donné des directives pour le faire disparaître des bibliothèques municipales ! Ils semblent tenter désespérément de bloquer l'accès à l'information, surtout à celle qui leur déplaît. Ce qui fait d'autant plus peur qui n'existe déjà pas de chaîne de télévision privée...

Mais la cerise, c'est le nouveau Ministre des Finances qui l'a posée tout en haut du gâteau : il a carrément décidé d'interdire l'accès à une conférence de presse officielle, tenue à l'hôtel du gouvernement, à tous les journalistes du groupe qui dirige le journal incriminé. Ceux-là n'avaient reçu aucune invitation, mais l'un deux a tout de même tenté de s'y rendre ; on l'a tout bonnement refoulé.

Le gouvernement a donc non seulement privé le journal d'une partie de ses revenus, son lectorat d'informations officielles, a tenté d'interdire aux fonctionnaires et aux usagés des bibliothèques de le lire, mais tente également d'empêcher le quotidien de faire son travail en annonçant dans ses colonnes les dernières décisions prises par l'Etat, informations du domaine public ! Cela va évidemment à l'encontre des lois sur la liberté d'expression. On connaît des cas dans ce genre ; c'est dans les dictatures que l'on muselle ainsi la presse, pas dans les démocraties...

Le groupe de presse a fait une demande d'injonction "en attendant l’action qu’elle envisage d’entrer en cour incessamment". L'Etat devra donc s'expliquer devant la Cour Suprême le 7 juin prochain.

Mais je me demande... Si un procès est intenté contre l'État, un juge pourra-t-il vraiment se prononcer contre ce dernier ? La raison du plus fort ne risque-t-elle pas, dans un pays comme celui-ci, de passer au final pour la meilleure ? L'avenir (l'Avenir ?) nous le dira...


( http://www.lexpress.mu/story/12508-les-journalistes-de-la-sentinelle-interdits-a-un-point-de-presse-du-ministre-des-finances.html )
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2 commentaires:

Mam a dit…

Terrifiant pour un gouvernement de réagir de la sorte mais malheureusement très tentant pour pas mal de pays dans le monde. Et comment réagissent les gens ? Y a-t-il un soutien populaire à une presse libre et indépendante ? Les gens doivent quand même se rendre compte de ce qui se passe, non ?

Cara a dit…

(gngngn j'avais écrit mais tout a disparu)

Oui, apparemment il y a pas mal de soutien de la part de la population. Beaucoup de monde a appelé la radio lors des émissions où on peut donner son avis pour dénoncer l'attitude du gouvernement...

Mais le seul journal qui ne leur a pas manifesté de soutien, c'est celui où je travaille... Pire, ils ont même fait leur gros titre du lendemain matin de cette conférence de presse !

Mais maintenant, il semblerait que même mes collègues, qui jusqu'à présent trouvaient que c'était "bien fait pour eux" ont compris qu'il s'agissait d'une atteinte à la liberté de l'information, et que le journal se battait pour le principe plus que pour quelques sous qu'ils recevraient avec les avis de l'Etat...

Et j'ai entendu un de nos big boss (pas rédacteur en chef, et qui ne parle d'ailleurs pas français) dire que d'après lui, tous les journalistes présents ce soir-là auraient dû sortir de la salle par solidarité.

Il y a donc de l'espoir...