Moi qui croyais être venu emménager dans une
démocratie... je me mets à en
douter.
Il y a un journal. Pas celui où je travaille.
Un bon journal, je veux dire. Plutôt à gauche, mais surtout
indépendant. Contrairement à un autre qui n'en a que le nom.
Ce journal a une attitude critique. A l'égard du gouvernement, évidemment, mais pas seulement. Pendant la campagne électorale, ils ont avant tout
dénoncé le manque de débat d'idées, les campagnes basées sur le communalisme, etc... Et ce au sujet des deux candidats. Contrairement à d'autres feuilles de choux qui affichaient clairement leurs
couleurs, quitte à occulter ce qui se passait dans les meetings du camp adverse et oublier toute forme d'impartialité.
Or, j'apprends que
depuis plusieurs années (depuis 2006, une année après l'accession au pouvoir de l'actuel Premier Ministre), le gouvernement a décidé d'arrêter de faire paraître ses
avis publics (appels d'offres, avis de fermeture des routes, et autres) dans ce journal. Ne les faisant passer que dans celui où je travaille, qui a pourtant un
plus faible tirage... Et privant ainsi le premier d'une partie de ses revenus, mais privant surtout ses lecteurs d'informations importantes !
Après les dernières élections, ils sont même allés
au-delà. Il semblerait que l'ordre ait été donné aux différents ministères de
résilier leur abonnement à ce quotidien, qui était jusqu'alors acheté et mis à la disposition des fonctionnaires. Plus grave encore : on a donné des directives pour le faire disparaître des
bibliothèques municipales ! Ils semblent tenter désespérément de bloquer l'accès à l'information, surtout à celle qui leur déplaît. Ce qui fait d'autant plus peur qui n'existe déjà pas de chaîne de télévision privée...
Mais la
cerise, c'est le nouveau Ministre des Finances qui l'a posée
tout en haut du gâteau : il a carrément décidé d'interdire l'accès à une conférence de presse officielle, tenue à
l'hôtel du gouvernement, à tous les journalistes du groupe qui dirige le journal incriminé. Ceux-là n'avaient reçu aucune invitation, mais l'un deux a tout de même tenté de s'y rendre ; on l'a tout bonnement
refoulé.
Le gouvernement a donc non seulement privé le journal d'une partie de ses
revenus, son lectorat d'
informations officielles, a tenté d'interdire aux fonctionnaires et aux usagés des bibliothèques de le lire, mais tente également d'empêcher le quotidien de
faire son travail en annonçant dans ses colonnes les dernières
décisions prises par l'Etat, informations du domaine public ! Cela va évidemment à l'encontre des lois sur la
liberté d'expression. On connaît des cas dans ce genre ; c'est dans les dictatures que l'on muselle ainsi la presse, pas dans les démocraties...
Le groupe de presse a fait une demande d'injonction
"en attendant l’action qu’elle envisage d’entrer en cour incessamment". L'Etat devra donc s'expliquer devant la
Cour Suprême le 7 juin prochain.
Mais je me demande... Si un
procès est intenté
contre l'État, un juge pourra-t-il vraiment se prononcer
contre ce dernier ? La raison du plus fort ne risque-t-elle pas, dans un pays comme celui-ci, de passer au final pour la meilleure ? L'avenir (l'Avenir ?) nous le dira...
( http://www.lexpress.mu/story/12508-les-journalistes-de-la-sentinelle-interdits-a-un-point-de-presse-du-ministre-des-finances.html )
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