mercredi 18 novembre 2020

Ma voisine Kala

Quand je vivais à l'Ile Maurice, j'ai d'abord habité pendant un peu plus d'une année chez mes beaux-parents. J'étais enceinte de 10 mois quand on a emménagé dans un petit appartement à la ruelle D., à Port-Louis.

Nos voisines de palier étaient une vielle femme, son mari et leur fille d'une trentaine d'années, avec qui on a rapidement lié connaissance. 

La vieille femme, que nous appelions Kala (« ma tante »), passait toutes ses journées à la maison, généralement postée à la fenêtre pour observer les rares passants de notre petite impasse. A chaque fois qu'on rentrait à la maison, on était pratiquement sûrs d'apercevoir sa petite tête ovale, ses cheveux gris montés en chignon, dans l'embrasure de la fenêtre de sa chambre. Son mari était malade et il est d'ailleurs décédé quelques mois plus tard - nous n'avons jamais vraiment eu l'occasion de parler avec lui. Leur fille, N., était comptable et gagnait bien sa vie. Elle nous racontait souvent plein d'histoires plus ou moins intéressantes sur sa famille, ses soucis, etc. Elle connaissait aussi tous les petits ragots, récents ou anciens, sur les gens du quartier.

On voit la fenêtre, mais Kala ne semble pas avoir été à son poste ce jour-là.
Devant l'immeuble, moi et mon gros bidon de femme enceinte, et ma soeur dans sa jolie robe rose.

Kala H. nous donnait souvent des restes de repas, généralement des take-away ramenés par sa fille, en précisant à chaque fois qu'elle n'avait pas mangé directement dans la barquette qu'elle nous tendait (d'ailleurs, à force de l'entendre le répéter, on a fini par se demander si on ne devait pas croire plutôt le contraire). Une fois, elle nous avait donné un reste de mine frire (des nouilles chinoises sautées), avec son habituel : "Hein, vine prend, pas restant ça ! Sauffe-li to manzé !" ("Tiens, prends-le, je n'ai pas mangé dedans ! Chauffe-le et mange-le !"). Le jour suivant (ou le soir même, je ne sais plus trop), on avait été malades tous les deux, au point qu'on était allés à l'hôpital où on nous avait mis sous perfusion pour nous réhydrater (Bon, on s'en serait sans doute très bien sortis sans, hein, mais vu le stress de mon mari légèrement hypocondriaque, on a préféré aller consulter). Toujours est-il que c'est devenu une blague entre nous et elles, comme quoi notre brave Kala avait failli nous empoisonner avec ses mines frire.

On allait souvent acheter le pain pour elles et nous en même temps. Comme N. partait assez tôt au travail, elle n'avait pas forcément le temps de passer prendre les trois pains réservés à la petite boutique chinois à deux pas de chez nous. Alors Kala H. venait frapper à notre porte, nous tendait l'argent et nous demandait si on pouvait y aller pour elle. A la mort du père, elle a continué à réserver trois pains, comme avant, et du coup nous en donnait un. Le week-end, N. allait souvent acheter des gato piman à l'autre bout de la ville, et elle nous emmenait parfois avec elle dans sa petite voiture verte.

La boutique chinois où on achetait du pain tous les matins


Elles avaient une petite chienne blanche appelée Chiara, qui ne sortait quasiment jamais de l'appartement (N. se contentait de passer la serpillère quand elle avait fait ses besoins par terre). Elle aboyait éperdument dès que quelqu'un montait l'escalier, et on ne pouvait donc pas rentrer sans être repérés, même si par hasard notre brave Kala n'était pas à son poste d'observation à la fenêtre.

Kala H. utilisait de drôles de mots en créole, elle disait lasam bain (« la chambre de bain ») pour salle de bain, et lakaz zernié pour toile d'araignée (que mon mari aurait plutôt prononcé zarainié). Elle nous a aussi raconté plusieurs fois que sa fille avait voulu les faire déménager, mais que Kala n'avait pas aimé la nouvelle maison à cause du bruit de la rivière toute proche : ça faisait « waaaaaaaah !! », nous racontait-elle de sa bouche sans dents. Alors, elles étaient revenues.

Bébé, papa, N., Kala H. et la chienne Chiara, un jour où N. nous avaient emmené à la plage

Quand on est retournés à l'Ile Maurice pour des vacances il y a trois ans, on est aller frapper à sa porte. Kala H. était ravie de nous revoir, elle nous a offert un verre de coca (ou un thé, je ne sais plus) et on a discuté. C'était étonnant de se retrouver après plusieurs années. A présent, Kala H. n'avait plus besoin de se poster à la fenêtre pour voir passer les gens ; à la place, elle fixait l'écran qui affichait l'image des caméras de surveillance installées dans la rue, dans l'allée et dans l'escalier ! Le toutou était toujours là, mais devenu vieux, il n'aboyait plus à l'arrivée d'étrangers.

Sa fille était au travail ce jour-là, mais elle nous a invités au restaurant quelques jours plus tard - là aussi, c'était un drôle de sentiment que de se revoir après tant de temps. On avait un peu l'impression de débarquer d'une autre galaxie, tant notre vie, notre quotidien avait changé depuis l'époque de la ruelle D.

Repenser à tout ça me rend toute nostalgique... ça fera bientôt 7 ans qu'on a quitté l'Ile Maurice, mais ça me parait à des millénaires...


Inspiré par le défi Les gens qu'on aime de Dr. CaSo (Quelqu'un qui est un.e voisin.e, #14)

samedi 14 novembre 2020

Je n'teul fais pas dire (7)

Ça faisait un bail que je n'avais plus rempli le questionnaire de ronchonne de Mahie, mais aujourd'hui, ça me tente ! Alors c'est parti.



Aujourd’hui je me sens
: Bien. J'ai bien dormi, j'ai eu le temps d'aller au marché tranquillement, j'ai pris une bonne douche, je n'ai rien de spécial à faire aujourd'hui à part un peu de ménage... tout va bien.

Ce matin la première personne à qui j’ai parlé une fois sortie de la maison : Un des vendeurs du stand de légumes, qui était plutôt sympa même s'il avait l'air assez timide.

J’ai été super contente de : Me lever seulement à 8h30 ce matin, et que mes enfants aillent acheter le pain.

Ça m’a franchement énervée de : Devoir demander à mes enfants de se taire, dix fois par soir, tous les soirs de la semaine.



Ma conversation/situation surréaliste de la semaine
 : Se tenir à la sortie de l'église, après l'enterrement de ma grand-maman, sans trop savoir quoi faire, puisqu'on ne pouvait pas se réunir pour prendre un verre tous ensemble... On a quand même pu discuter quelques minutes, sur le parvis du temple, avec nos masques et un peu de distance entre nous.

Je suis grognon : Non, aujourd'hui ça va. Ça devrait aller jusqu'au moment de mettre mes enfants au lit ; là, je râle immanquablement.

Nan, mais franchement, tu trouves ça normal de/que : Donald Trump s'accroche à la Maison Blanche comme un gamin de maternelle à son joujou qu'il ne veut pas prêter ?

C’est exquis de : Discuter avec sa meilleure copine à la place de jeux, tout en poussant sa petite filleule sur la balançoire, avec un doux soleil qui nous réchauffe délicatement.



Ça me rend extatique :
De faire des croix dans mon bullet journal lorsque j'ai réussi à terminer une tâche que j'avais programmée.

En ce moment je lis : A son of the circus, de John Irving (Un enfant de la balle, en français). J'aime beaucoup cet auteur, mais j'ai un peu de mal à entrer dans l'histoire de celui-là... Je vais quand même continuer.

Je dis « respect » à :  Ma grand-maman, pour avoir été une personne si gentille et merveilleuse pendant toutes ces années.

Je ne résiste pas à : Manger quelques carrés de chocolat tous les jours. J'adore le chocolat.

J’vais t’dire une bonne chose : Y a pas de mal à se faire du bien !



Dans ma bagnole je n’ai besoin de personne et j’écoute à fond :
Ce qui passe à la radio, je suis pas compliquée.

La pensée hautement philosophique de la semaine : Mieux vaut entendre ses enfants hurler que d'être sourd. Non ?

Je me taperais bien : Un repas dans un resto chic, une nuit dans une cabane dans les arbres ou un voyage à l'Ile Maurice. Pour tout ça, il va encore falloir attendre bien longtemps...

J’ai été raisonnable : Je me remets à manger un peu correctement, et le mieux c'est que ce n'est même pas difficile.



Cette semaine pour la première fois j’ai :
Pris mon vélo jusqu'au village d'à côté pour acheter quelques habits de seconde main pour mon fils. Je n'avais plus sorti ma bécane depuis des mois.

C’est bien la dernière fois que je : Non, là je ne trouve rien.

L’émission de tv, de radio, ou l’article de presse qui m’a le plus frappé cette semaine c’est : Les discours du futur ex président américain qui ne veut pas admettre qu'il a perdu.

Plutôt que d’être assise à mon bureau, là tout de suite j’aimerais mieux : Être allongée dans un sauna ou encore mieux, sur une table de massage...

Et vous alors, comment s'est passée votre semaine ?

jeudi 12 novembre 2020

Pour toujours dans nos coeurs

Ma grand-mère est morte le week-end dernier. Elle avait 92 ans. Après plusieurs mois à l'hôpital, on s'y attendait... Il n'empêche, elle laisse un vide dans nos vies.

 

 

Ma grand-maman était la personne la plus gentille que je connaisse. Toujours souriante, toujours de bonne humeur, je crois que je ne l'ai jamais vue se fâcher.

Quand j'étais petite, on allait très souvent la voir, environ une fois par mois, à une heure et demie de route de chez nous. On passait généralement le week-end chez elle, et je dormais avec ma sœur dans l'ancienne chambre de mes tantes.

Il y avait une armoire au contenu merveilleux, d'anciennes robes qui nous servaient de déguisement, de vieux jouets qu'on adorait, comme les petits ours dans leur maison. Ma grand-maman avait aussi toujours de quoi dessiner, et elle gardait tous les dessins qu'on lui faisait, bien rangés dans un classeur.

Elle avait un piano pas tout à fait accordé, sur les touches duquel on aimait bien taper, jusqu'à ce qu'on nous demande d'arrêter parce qu'on faisait trop de bruit. Sur un petit guéridon, elle avait plusieurs animaux en verre de murano qui m'impressionnaient beaucoup. Je les trouvais magnifiques. Bien sûr, on n'avait pas le droit d'y toucher.

A Noël, toute la famille se réunissait chez elle. On mangeait des toasts au saumon comme entrée, puis du rôti comme plat principal, avec des frites, me semble-t-il. Pour recevoir nos cadeaux, on devait d'abord réciter une poésie, ou chanter une chanson devant le sapin décoré et illuminé de vraies bougies. Avec mes sœurs et mes cousines, on avait bien sûr déjà lu toutes les étiquettes des paquets alignés sous l'arbre, afin de repérer nos présents. A Pâques, le lapin déposait des dizaines d’œufs en chocolat dans le jardin de l'immeuble. Il en réapparaissait même comme par magie aux endroits où on était déjà passés - probablement que les adultes et mes grands cousins, qui nous regardaient du balcon, y étaient pour quelque chose. Quand on rentrait, on se livrait encore à une chasse au trésor pour trouver nos lapins au chocolat cachés dans l'appartement, un paquet pour chacun.

 

 

J'allais parfois passer quelques jours chez elle. Elle m'emmenait au jardin botanique de la ville, j'aimais bien les plantes carnivores dans la serre. Un jour, alors que j'étais en vacances chez elle pour quelques jours avec ma sœur, elle était en train de nous faire des frites quand la hotte de la cuisine a pris feu. Il y a eu plus de peur que de mal, mais j'ai été très impressionnée par la venue des pompiers, dans leur uniforme noir.

Ma grand-maman n'oubliait jamais les anniversaires de ses petits-enfants, et plus tard de ses arrières-petits-enfants - on recevait toujours une petite enveloppe avec des sous. 

Elle n'a jamais eu à se teindre les cheveux, ils sont toujours restés bruns, jusqu'à aujourd'hui - seuls quelques-uns avaient viré au gris. Elle était encore très en forme - elle conduisait encore sa voiture il y a quelques années, habitait dans son propre appartement, et gardait même les enfants de ma cousine quelques matinées par semaine. Elle arrivait encore à s'agenouiller pour jouer aux cubes ou aux petites voitures. Elle adorait faire des mots-croisés et jouer au scrabble, jeu auquel elle était pratiquement imbattable.

La dernière fois que je l'ai vue, c'était il y a quelques semaines. Elle avait l'air toute petite, toute frêle dans son lit d'hôpital. Elle dormait quand on est arrivées, ma sœur et moi, seule sa tête dépassait des couvertures. Quand elle nous a vues, elle s'est mise à sourire, c'est exclamé que c'était formidable qu'on vienne la voir. On a discuté, on lui a parlé de nos enfants, on voyait qu'elle était parfois un peu perdue et qu'elle ne se souvenait plus bien qui était qui. Elle nous a dit qu'elle espérait qu'on puisse bientôt se voir dans un endroit plus agréable, peut-être pour un pique-nique (on en faisait un chaque année). Elle croyait qu'on allait vers le printemps, alors que de l'autre côté de la grande fenêtre, c'est l'automne qui s'installait.

Bien sûr, je suis triste qu'elle soit partie. Mais je suis aussi heureuse qu'elle ait eu une si longue vie, qu'elle ait été si bien entourée, jusqu'au tout dernier jour. Et puis, elle commençait à perdre la mémoire, la notion du temps, elle ne se souvenait plus d'un jour à l'autre qui était venu lui rendre visite, mais elle reconnaissait encore ses enfants, ses petits-enfants - et je pense qu'il vaut mieux de partir à ce moment-là plutôt que de vivre longtemps sans plus trop savoir qui l'on est ni qui sont les gens qui nous entourent.

Ma chère grand-maman, grand-maman chérie, tu seras pour toujours dans nos cœurs.

 

samedi 7 novembre 2020

Ces gens que j'aime (#2)

Pour sortir un peu de la grisaille (qui s'étend autour de nous comme en nous) du mois de novembre, Dr. CaSo nous propose un joli petit défi : écrire chaque jour un petit texte sur une personne qu'on aime ou a aimée. Je suis un peu en retard pour commencer, mais je vais essayer de participer, pas tous les jours, mais quelques fois - je piocherai donc dans les thèmes proposés au gré de mon inspiration, un peu dans le désordre, j'espère que notre chère Dr. ne m'en voudra pas (le numéro du titre se rapporte au numéro du thème).

Quelqu'un avec qui on a voyagé

J'ai 19 ans, je viens de passer le bac, et je m'apprête à prendre l'avion seulement pour la troisième fois de ma vie. Destination : l'Inde, où je pars avec tout un groupe de jeunes pour un voyage organisé par une association caritative. Après les trois semaines passées avec le reste du groupe dans de petits villages au fin fond du Maharashtra, je suis restée trois semaines de plus pour faire un tour dans le Rajasthan avec deux amies de lycée : Syb et Juju.

Un veau dans la ville
 

Mes deux co-voyageuses étaient toutes deux beaucoup plus débrouillardes que moi. C'est elles qui avaient préparé l'itinéraire, c'était généralement elles qui achetaient les billets de train ou marchandaient le prix du rickshaw. Moi, je me suis beaucoup laissée porter - heureusement qu'elles étaient là.

C'étaient deux filles avec lesquelles je m'entendais bien, mais notre amitié s'est encore développée et renforcée au cours de ce voyage. On a découvert ensemble les trains indiens - la première classe avec son air conditionné comme les couchettes de 2ème classe pour un voyage de nuit. Les bus dont les conducteurs semblaient faire la course en permanence et n'hésitaient pas à dépasser un camion même lorsqu'une voiture arrivait dangereusement vite d'en face.

Syb s'est accroupie pour prendre les enfants de face, et plus elle se baissait, plus ils se baissaient aussi


 

On s'est découvert une passion pour les "banana pancakes" que toutes les guesthouses servaient au petit déjeuner, jusqu'à ce que Syb ne soie malade un jour et vomisse son pancake (pure coïncidence), après quoi elle n'a plus pu y toucher ;) On adorait aussi les rooftop restaurants, les singes qu'on voyait partout, même s'ils fichaient aussi la trouille quand ils étaient en bande.

On a visité des tas de palais, de temples, acheté des saris et des bracelets dans de petits magasins. On a fait un tour à dos de dromadaire dans le désert. On s'est fait accoster par des tas d'enfants dans la rue qui réclamaient qu'on les prenne en photo - ou parfois qu'on leur donne de l'argent ou à manger. Je me souviens du sourire d'un petit garçon à qui on venait de donner deux bananes.

Syb et Juju en haut d'une dune pendant notre balade à dromadaire
 

On est rentrée des étoiles dans les yeux et plein de souvenirs en tête.

On s'est pas mal perdues de vue par la suite, même si on reste toujours en contact par les réseaux sociaux. J'ai revu Juju il y a à peu près une année - on est allé boire un café ensemble et discuter un petit peu. Je la croise aussi parfois en ville. Quant à Syb, on a fait une petite randonnée ensemble cet été, avec une amie commune, et c'était vraiment chouette de discuter avec elle et de se rendre compte qu'on avait encore pas mal de choses en commun.

lundi 2 novembre 2020

Nuit (presque) blanche

J'ai passé une bonne partie de la nuit à lire un roman passionnant sans plus pouvoir m'arrêter. Ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé.

En général, je lis quelques pages, voire un ou deux chapitres, jusqu'à me rendre compte que je viens de relire trois fois la même phrase sans même en comprendre le sens, et que mes yeux se ferment tout seuls. J'éteins et me laisse envahir par cet agréable sentiment de langueur, le sommeil qui me prend et m'aspire doucement. C'est comme ça que j'aime m'endormir; je déteste éteindre plus tôt et avoir le temps de nous tourner et retourner (moi et mes pensées) avant de trouver le sommeil.

La nuit passée, par contre, absorbée par mon livre, je n'ai pas vu le temps passer ni senti mes yeux se fermer tout seuls avant deux heures du matin. J'ai dévoré des dizaines et des dizaines de pages tout en changeant régulièrement de position parce que j'ai de nouveau la nuque douloureuse, me suis relevée pour boire un verre de lait, ai continué à avaler les pages, suis allée manger un reste de riz aspergé de sauce andalouse, et ai continué ma lecture jusqu'à finalement m'endormir.

Le livre que je lisais s'intitule Les visages, de Jesse Kellerman. Ce n'est pas forcément celui qui m'aura le plus marqué cette année (je compte d'ailleurs faire un petit top 5 en décembre ;), mais il est quand même extrêmement prenant. D'après la quatrième de couverture, je m'attendais à trouver un bouquin policier haletant (il est catégorisé comme "thriller"), mais j'ai surtout été épatée de découvrir de vrais personnages, avec une histoire, une psychologie, une profondeur, qui ont de vraies relations les uns avec les autres et de vraies émotions, le tout dans un style plutôt agréable.


 

Un marchant d'art contemporain New Yorkais découvre, dans un appartement dont le locataire a disparu sans laisser de trace, des dizaines de cartons remplis à ras bord de dessins qui s'assemblent les uns avec les autres pour former une œuvre gigantesque. Il décide d'en exposer une partie dans sa galerie, sans se douter que certains des portraits d'enfants présents dans le dessin seront reconnus par un policier à la retraite : il s'agit de jeunes garçons assassinés plus de 40 ans auparavant...

Pas de courses poursuites ni de nouveaux meurtres à chaque fin de chapitre, mais une histoire bien ficelée, intrigante, des personnages intéressants (je n'irai pas jusqu'à dire qu'ils sont attachants), quelques parcours de vie tragiques et quelques histoires révoltantes.

Quant à moi, je suis un peu fatiguée d'avoir si peu dormi, mais comme la lecture fait partie de choses qui me font du bien, j'ai quand même été de très bonne humeur aujourd'hui.

dimanche 1 novembre 2020

De rouge, d'orange et d'or

Dans les commentaires de mon dernier article, un poil déprimant, Valvita me demandait quelles étaient les choses que je pouvais faire et qui me faisaient du bien. L'une d'entre elles, c'est d'aller me promener en forêt. Seule avec mon appareil photo, prendre une heure pour marcher, sans musique ni podcast dans les oreilles, à réfléchir, respirer, et repérer les jolis petits détails qui parsèment le sous-bois automnal.

L'autre jour, le soleil jouait à cache-cache derrière les nuages. Il ne semblait pas avoir très envie d'être trouvé, car il restait plus longtemps à l'intérieur de sa cachette que hors d'elle.

Mais même sans soleil, les couleurs de la forêt étaient magiques. Rouge, orange, vert, jaune, brun, noir... J'avais envie de photographier presque chaque feuille, chaque branche.

Quelques champignons poussaient ça et là le long du sentier... J'aimerais bien connaitre un peu les champignons, et savoir où chercher bolets et morilles. Mais je n'y connais rien.

Il ne pleuvait pas au moment de ma sortie, mais tout était mouillé, parce que la pluie n'a pas beaucoup arrêté ces derniers jours. Je dois dire que ça me plait bien, cette pluie. C'est un vrai automne, et j'imagine les nappes phréatiques qui se remplissent et les plantes et les animaux qui profitent de cette manne tombée du ciel. Et tant pis si on doit mettre un imperméable pour sortir.

Quand le soleil daignait enfin se montrer (trouvé !), les couleurs devenaient plus éclatantes encore, les contrastes plus saisissants. J'aime les jeux d'ombre et de transparence sur les feuilles d'arbres éclairées par un doux soleil d'automne, la lumière du matin qui offre de si jolies couleurs.

Parfois, je me dis que je devrais emporter une de ces petites planches en mousse que les jardiniers utilisent pour s'agenouiller devant leurs plantations, pour pouvoir prendre des photos comme celle qui suit plus facilement. J'aime me mettre au ras du sol et changer de perspective, et voir un petit champignon frêle et gracile comme une haute tour élancée, et une toute petite pousse d'arbre comme un grand parasol.

Alors oui, même quand ça ne va pas, il y a des choses qui me font du bien. Auxquelles j'essaie de me raccrocher, autant que possible. Depuis quelques jours, j'ai retrouvé un peu d'énergie, un peu de motivation. J'avance sur mon travail autant que possible, et je n'oublie pas de prendre des pauses, des moments pour m'aérer, sortir, et aller profiter de la beauté de la nature.


Et vous alors, dites-moi... Quelle sont les petites choses qui vous font du bien ?


mercredi 21 octobre 2020

Entre libération et douleur

En ce moment, je n'ai envie de rien faire et je passe beaucoup plus de temps que nécessaire à dormir - du moins en journée, parce que le soir, j'ai beaucoup de mal à décrocher de mes écrans et à me laisser emporter dans les bras de Morphée. Du coup, plus je dors, plus je suis fatiguée, moins j'ai envie de bouger, plus je me traine...

 

 

J'ai lu un livre il y a quelques semaines qui m'a fait comprendre beaucoup de chose sur ce que j'ai vécu ces dernières années, une partie des mécanismes qui régissaient ma vie et qui m'ont mené là où j'en étais il y a une année, émotionnellement et psychologiquement. Ce bouquin m'a complètement retournée, j'ai reconnu tellement de choses qui parsemaient mon quotidien sans que je puisse tout à fait mettre le doigt dessus, sans que je puisse les nommer, les expliquer. J'ai pris conscience de beaucoup de choses, ce qui m'a apporté un tourbillon d'émotions contradictoires : du soulagement de pouvoir enfin mettre des mots sur une réalité intangible, mais aussi de la confusion et un peu de douleur.


 

Ça m'a fait me demander pourquoi j'avais accepté cette situation si longtemps, et pourquoi je m'y étais fourrée pour commencer. J'aurais dû m'en rendre compte, j'aurais dû voir quelque chose, j'aurais dû agir, non ? Probablement que non, parce que ça ne fonctionne pas comme ça, parce que je devais d'abord sortir du brouillard dans lequel j'étais noyée. « Lorsqu'on est au clair avec soi-même, on découvre généralement que la vision que l'on a de l'autre se précise aussi, et que l'on n'a plus envie d'accepter ce que l'on n'était pas trop sûr de trouver normal et légitime ou non auparavant.* » Il n'empêche que l'on ne m'enlèvera pas de sitôt ce sentiment de culpabilité et de honte - après tout, c'est justement ma manière de fonctionner.

 


Je me pose aussi la question de la responsabilité. Et de la détermination. Prenez la personne dont je parlais dans cet article. Qui a appris depuis toute petite que les relations avec les autres étaient presque toujours conflictuelles, et que le bon moyen - le seul moyen - d'obtenir quelque chose était par la colère ou la manipulation. Qui a vécu des choses tristes, des choses terribles, même, qui n'a pas eu une enfance toute douce dans un jardin enchanté. A partir de quel moment est-ce trop tard pour qu'elle change, pour qu'elle adopte un mode de fonctionnement plus sain, qu'elle réapprenne à faire confiance aux autres comme à elle, qu'elle se rende compte qu'il existe d'autre manières de faire, qui n'impliquent pas de blesser l'autre au passage... ? 

Et cette personne, est-ce sa faute après tout, si elle agit comme ça ? N'est-ce pas la faute à son éducation, à ce qui a cloché dans son passé ? Oui, mais alors... est-ce que cela signifie qu'on peut tout pardonner ? Des paroles blessantes aux coups, du vol au meurtre ? Où doit-on mettre la limite ?

 


 

J'ai parfois peur pour mes enfants. J'ai l'impression de ne pas avoir su leur offrir un foyer stable, rassurant. J'ai l'impression d'avoir échoué à leur transmettre des valeurs qui sont pourtant les miennes, la compassion, le partage, la négociation, la non-violence. C'est allé si mal pendant si longtemps, je n'arrivais pas. J'ai crié, beaucoup. J'ai hurlé. J'ai fait du chantage, menacé, j'ai pleuré. Je n'arrivais plus à faire autrement... Je regardais le joli mémo que j'avais imprimé, affiché au salon, dont j'aurais tant voulu pouvoir appliquer les conseils. J'essayais de le faire, j'ai vraiment essayé, je l'ai fait parfois, mais la plupart du temps, je ne pouvais pas. J'étais enragée. J'espère ne pas avoir fait trop de mal à mes enfants. J'espère pouvoir encore changer, les changer, les amener vers plus de douceur, moins de colère, moins de cris. Le chemin s'annonce long, mais c'est possible, dites-moi ?

Je me suis un peu égarée dans ce billet, et je suis restée un peu cryptique, vous m'excuserez. J'avais besoin de parler de tout ça d'une manière ou d'une autre, pour que ça arrête un peu de tourner en rond dans ma tête.

 

*Yvane Wiart, La perversion relationnelle

lundi 5 octobre 2020

Qui veut du gâteau ?

Ce lundi a eu des airs de dimanche. Les enfants sont en vacances, il a fait gris et je me suis levée plus tard que d'habitude. On a commencé la journée avec un petit déjeuner tous ensemble, puis les enfants ont filé sur leur Switch pendant que je me mettais au travail. 

Après le repas, les enfants ayant épuisé leur temps réglementaire d'écrans, il a bien fallu les occuper. On a donc décidé de faire un peu de pâtisserie, et notre choix s'est porté sur un gâteau aux carottes (la version suisse de la chose, qui n'a en définitive pas tellement le goût de carotte mais est vraiment délicieux). 

Comme la petite épicerie du village n'avait pas les petites carottes en massepain pour la décoration, les garçons ont pu laisser aller leur créativité et modeler tout un tas de formes en pâte d'amande : vous reconnaîtrez donc (ou pas) une carotte, une carapace de koopa, un lapin crétin qui se repose, lapin Mario qui court après sa salopette et une autre salopette de lapin Mario. Amis des jeux vidéos, bonsoir.

 


Demain, ma maman emmène les enfants à la piscine et les garde jusqu'à mercredi, ce qui me laissera du temps pour travailler dans la journée et me goinfrer de gâteau en regardant des vidéos le soir : parfait !