samedi 4 juin 2022

Je suis fatiguée

J'ai beaucoup râlé cette semaine, beaucoup crié sur mes enfants, aussi. J'étais fatiguée pratiquement depuis le lundi, et je n'ai pas vraiment réussi à savoir pourquoi. 

Bon, il y a eu le fait que mes enfants son venus à tour de rôle squatter un bout de mon lit pratiquement toutes les nuits. Le grand a regardé des vidéos sur YouTube qui lui ont fichu la trouille (un jeune youtubeur - un jeune c*n - qui prétendait entre autres que si on tape le mot "erratas" sur Google, cela permet à des espions russes d'avoir accès à toutes nos données personnelles, ou un truc dans le genre). Dans la tête de mon petit mec de 11 ans, ça sonnait très réel et ça l'a travaillé pendant plusieurs jours, jusqu'à-ce que je lui explique que c'était des bêtises (OK, j'ai omis d'insister sur le fait que Google, YouTube et compagnie connaissaient déjà nos informations et nos goûts et ne se gênaient pas pour les revendre à droite et à gauche - mais j'ai profité pour lui rappeler qu'il ne devait jamais donner son adresse ou d'autres renseignements personnels sur internet).

Il y a aussi le fait que j'ai des courbatures plutôt douloureuses sur tout le haut du dos : j'ai fait pas mal de vélo le week-end passé, et j'ai fini par sentir les conséquences de cette position, penchée en avant. Et pendant qu'on en est au chapitre des douleurs, j'ai depuis quelque temps très mal aux articulations des gros orteils quand je suis longtemps debout ou que je marche beaucoup. Or, je suis maintenant prof à plein temps et je passe donc une grande partie de mes journées debout devant le tableau. En plus, je vais au travail en train (il y a le trajet jusqu'à la gare) et je monte toujours les deux étages, au travail, à pied (et aussi, les deux étages jusqu'à mon appartement, puisqu'il n'y a pas d'ascenseur). Il faudra que je me décide à appeler le médecin, un de ces quatre.

Enfin, j'adore mon travail, mais certains jours, ça peut être assez éprouvant. J'enseigne le français langue étrangère à des adultes immigrés. J'ai des groupes de personnes qui sont envoyés par le Service de l'emploi du canton, des groupes dans une entreprise, et aussi des cours individuels (certains payés par la personne elle-même, d'autres par le Service de la cohésion multiculturelle). 

Dans les groupes du Service de l'emploi, il y a des niveaux de motivation à apprendre le français très différents selon les personnes. Certains ont presque la soixantaine, vivent en Suisse depuis plus de 30 ans et ont toujours un niveau très basique, surtout à l'écrit. Pas facile de déloger les vieilles habitudes : on peut répéter 25 fois qu'on doit dire "Je bois du café", si ça fait 35 ans que la personne en face dit "Je boire café", elle continuera à le dire comme ça, à moins d'avoir une énorme volonté à s'améliorer. Ce qui n'est généralement pas le cas, puisque ça fait 35 ans qu'elle se fait très bien comprendre comme ça.

D'autres son motivées à apprendre, mais ce sont généralement des personnes qui ont assez peu été scolarisées. Elles lisent très peu, même dans leur langue maternelle, et n'ont pas tous les réflexes que nous avons acquis depuis petits à l'école. Par exemple, comprendre la logique d'un exercice de grammaire n'a rien d'évident quand on ne l'a pas fait des milliers de fois depuis l'âge de 6 ans. Remplir un tableau à double entrées n'est pas non plus si naturel qu'on pourrait le croire. Quant à savoir ce qu'est un verbe... un sujet... et ne commencez surtout par à parler de préposition, vous les perdrez définitivement. (Remarquez, avec ce mot on perd aussi pas mal de personnes qui sont pourtant allées à l'école pendant plus de 15 ans et lisent quotidiennement des centaines d'e-mails et des dizaines d'articles de journaux, alors bon).

J'ai aussi pu constater que certaines personnes ont énormément de mal à suivre une consigne, même relativement simple. L'autre matin, par exemple, j'avais trois élèves, et j'ai dû répéter la consigne d'une petite production écrite quatre fois. Une fois devant le groupe, puis une fois personnellement à chaque participant, quand je suis passée près de chacun et que me suis rendu compte qu'ils ne faisaient absolument pas ce que j'avais demandé. C'est à ce genre de choses que je pensais en disant que cela pouvait être éprouvant.

Bon, j'ai heureusement survécu jusqu'au week-end, et je vais tenter de me reposer un peu, et surtout de me changer les idées. On a une belle sortie de prévue dimanche (j'en parlerai sûrement ici), et on fête les 8 ans de mon P'tit Loup lundi (peut-être aussi un sujet de billet). Et aujourd'hui, on ira peut-être faire un tour à la piscine extérieure pour la première fois de la saison.

samedi 28 mai 2022

Le temps libre des choix

Week-end prolongé, Ascension. Je suis seule à la maison puisque les enfants sont chez leur papa. Oui, parce que, depuis tout ce temps où je n'ai plus écrit sur mon blog, il s'est passé pas mal de choses. Entre autres événements positifs, je me suis séparée, j'ai enfin terminé mes études et trouvé du travail - j'en reparlerai sûrement si j'arrive à me motiver à continuer à écrire.


Week-end prolongé, donc. C'est chaque fois la même chose quand je me retrouve au début de quelques jours de congé avec rien de spécial de prévu : je ressens un mélange de joie d'être libre de faire ce que je veux et de stress qui me noue littéralement le ventre. Je suis tendue parce que je sais que je devrais utiliser ce temps pour faire certaines choses nécessaires (payer des factures, résoudre quelques problèmes administratifs, faire le ménage, trier mon armoire, débarrasser quelques affaires qui trainent dans le galetas), parce que je me dis que devrais profiter de ce temps pour faire certaines choses que j'ai envie de faire, parfois depuis longtemps (fabriquer enfin ce porte-bijoux avec le cadre chiné il y a quelques semaines, sortir me promener en forêt ou pourquoi pas aller visiter un musée), parce que je suis souvent fatiguée et que j'ai juste envie de me reposer, parce que je sais dès le début que je n'aurai pas le temps de faire tout cela et que le dimanche arrivera bien trop vite. 

Souvent, la simple perspective de ce temps à disposition et des choix que je vais avoir à faire sur la manière de l'occuper suffit à me paralyser, et je me retrouve, après avoir fait les traditionnelles courses du samedi matin, à me coucher dans mon lit, mon natel à la main, à regarder des idioties sur Youtube ou Facebook.

Mais il s'agissait là d'un long week-end, ce qui signifie plus de choix, certes, mais aussi plus de temps pour faire un peu de chaque activité. Alors jeudi soir, j'ai pris mon vélo pour aller faire un petit tour ainsi que prendre quelques photos, chose que je n'ai plus faite depuis très longtemps. C'est un vélo que j'ai acheté de seconde main (il faudra que je fasse un billet pour vous parler de mon amour des objets d'occasion) il y a quelques semaines et dont je suis vraiment ravie d'avoir fait l'acquisition.

Qui eût cru que les premiers animaux que je croiserais seraient... des girafes ?


J'ai dû me tenir au milieu de la route pour prendre cette photo, et c'était assez effrayant parce que l'autoroute passe tout près et que je croyais en permanence qu'une voiture était en train de m'arriver dessus à cause du vrombissement des moteurs - alors qu'en fait cette route était complètement déserte en cette fin de jour férié. Les girafes, elles, ne semblaient pas le moins du monde dérangées par le bruit... ce qui est tout à fait normal, puisqu'elles vivent dans cette haie depuis des années.


Un peu plus loin, je suis restée embusquée près d'un buisson de ronces pour photographier deux charmants petits papillons.


C'est un endroit très agréable, une petite réserve naturelle vers l'ancien bras d'une rivière maintenant devenue canal. Les papillons ont bien voulu se poser suffisamment longtemps pour que j'aie le temps de les immortaliser. J'ai aussi entendu un oiseau faire un drôle de chant que j'ai essayé de garder en mémoire, sans succès. Trois ou quatre petites notes assez lentes, que je ne me souviens pas avoir déjà entendues.


Sur le chemin du retour, je me suis arrêtée près de coquelicots. J'aime beaucoup les coquelicots, et le contraste de leur rouge éclatant sur le pastel des champs d'orge et de la colline au loin.




Je suis rentrée deux heures après être partie, plutôt satisfaite d'avoir fait cette balade, et c'est donc sans trop de culpabilité que j'ai pu regarder quelques vidéos sur Youtube plus tard - tout en retouchant ces photos puis en dessinant une nouvelle page dans mon bullet journal.

lundi 16 mai 2022

Eclipse

On m'a fait remarquer l'autre jour que ça faisait bientôt une année que je n'avais plus rien publié sur mon blog. Le même soir, on avait eu une discussion sur la lune en se demandant si elle était pleine ou pas tout à fait. La réponse était non, puisque la pleine lune a eu lieu la nuit dernière, et qu'elle s'est même terminée par une éclipse totale.



Je me suis donc levée à 4 heures du matin pour l'observer, mais on ne voyait encore rien. Le disque blanc semblait encore parfaitement rond à mes yeux pleins de sommeil. J'ai donc remis mon réveil 45 minutes plus tard, et là, waouh ! Une grosse partie de la lune avait été croquée par un mystérieux géant. J'ai essayé de réveiller mes enfants, qui m'avaient demander de le faire, mais le plus jeune n'a pas bougé d'un millimètre et son aîné a murmuré : « Je suis trop fatigué... prends des photos s'il te plait. » Je me suis donc exécutée.



Mais la lune, cette friponne, est assez vite partie se cacher derrière la colline, si bien que je ne la voyais plus par la fenêtre de la cuisine. Comme j'étais finalement très bien réveillée, j'ai donc enfilé un jean, une petite veste et pris ma voiture pour me rendre un peu plus loin, d'où je la verrais encore.



Bien que ce soit à peine à cinq minutes de chez moi, le temps d'arriver, le spectacle avait grandement changé. Les premières lueurs du soleil pointaient leur nez de l'autre côté, mais on pouvait encore observer un minuscule croissant de lune orangé au-dessus de l'horizon.



Du moins, pendant quelques minutes, jusqu'à ce que la combinaison des nuages, de la lumière du jour naissant et de l'ombre de la terre ne la fassent disparaitre pour de bon. J'ai un peu regretté de ne pas être venue là tout de suite - la lune et les lumières de la ville auraient sans doute donnée une image féérique. Je suis restée encore un instant dehors, à écouter les oiseaux emplir l'aube de leurs chants mélodieux. Ma photo préférée, parmi celles prises ce matin, est d'ailleurs celle de ce chanteur matinal sur son fil électrique, qui m'a gratifiée de quelques jolies vocalises avant de s'envoler.


mercredi 28 juillet 2021

Voyage au royaume de Logres

Depuis une semaine et demie, pas d'enfants dont m'occuper (ils sont chez leur papa). Ça m'a fait bizarre, au début, de me retrouver toute seule et de savoir que ce serait pour une si longue période, trois semaines en tout. N'empêche, c'est quand même drôlement reposant. Et même si je travaille un petit peu (j'ai été engagée pour donner deux cours de français, un bon début !), et que je dois continuer à éplucher les offres d'emploi, ça me laisse quand même beaucoup de liberté. Du genre de celle qu'on oublie quand on a ses enfants, tout le temps, et qu'on est seule pour s'en occuper.

Ça m'a entre autre permis de décider sur un coup de tête d'aller au cinéma avec ma sœur, mercredi passé - voir un film que j'avais de toute façon prévu d'aller voir plus tard : Kaamelott ! Il faut dire que ce film, ça faisait un moment qu'on l'attendait, 12 ans depuis que la dernière saison a été diffusée. A l'époque où la série passait sur M6, c'était une véritable tradition familiale. L'une de nous allait toujours se poster devant la télé, et dès que ça commençait, elle criait "Kaameloooooott !" pour faire rappliquer tous les autres. On doit bien connaitre la moitié des répliques par cœur, et on se les balance encore régulièrement dans les conversations.

J'ai beaucoup apprécié le film. A tel point que j'y suis retournée le samedi avec mes parents et le lundi suivant, seule (Je n'ai jamais dit que j'étais complètement saine d'esprit !). Certes, le film a des défauts, mais c'était tellement bien de retrouver Perceval, Karadoc et les autres - un peu comme retrouver une vieille bande de potes plus vus depuis longtemps. J'ai ri et j'ai été émue, pour moi, c'était le mélange parfait. Et Arthur, nom d'une pipe, qu'est-ce qu'il est beau là-dedans ! (Pardon, je n'ai pas trop l'habitude de laisser mon côté guimauve éclater ici, comme ça).

Du coup, c'est ce qui a inspiré le thème du mois d'août dans mon bullet journal : le médaillon d'Arthur, les pierres d'un château et l'épée Excalibur - inspirée de la couverture de ce livre. J'ai dessiné cela tout en regardant (ou écoutant) les premières saisons de la série, car le film a (évidemment) réveillé mon côté obsessionnel et passionné, et que j'ai eu envie de tout re-re-regarder. Ah, et d'ailleurs, il n'est pas impossible qu'on me croise à nouveau au cinéma dans les prochaines semaines.

dimanche 18 juillet 2021

J'ai des tas de blessures

J'ai des tas de blessures, anciennes ou plus récentes, qui en ce moment semblent se raviver un peu toutes en même temps. Ça prend la forme de pensées qui tournent et retournent dans ma tête, qui font comme des boules dans mon ventre et des nœuds dans ma gorge. Ce sont de tout petits maux qui à force de revenir, à force de résonner en boucle, deviennent lourds, pénibles, angoissants. Ça pèse, ça fait mal, ça me prend mon énergie. Il y a des douleurs et il y a des colères, il y a des sentiments d'injustice, de culpabilité, des non-dits.

Parmi les plus récentes, il y a monsieur le juge qui me demande si je veux vraiment que les enfants aillent chez leur père trois week-ends sur quatre, parce que quand même, c'est sympa d'avoir aussi des week-ends avec ses enfants. Je n'ai rien su dire sur le moment, à part "oui, je suis sûre", mais cela revient encore et encore dans ma tête accompagné de tout ce que j'aurais voulu exprimer : qu'en fait j'aurais voulu une garde partagée, une semaine sur deux, si le papa n'était pas allé vivre dans une autre ville, que trois week-ends par mois c'est le minimum qu'il puisse faire, que toute la charge mentale était déjà sur moi, les courses d'école, les rendez-vous chez le médecin, les soirs de semaine où je vis l'enfer en essayant de les coucher pas trop tard, les chaussures à racheter quand les anciennes sont défoncées, les K-ways perdus à tenter de retrouver, les repas à préparer qui ne conviennent jamais, que j'aime beaucoup mes enfants mais que passer du temps avec eux est rarement une sinécure, et d'abord, monsieur le juge, pourquoi vous ne demandez pas plutôt au papa s'il n'aimerait pas les avoir un peu plus souvent ?

Ça tourne et retourne dans ma tête, ça me brûle la gorge, la poitrine, ça fait une boule de colère dans mon ventre qui pourrait me faire éclater.

Une blessure plus ancienne, oh à peine une égratignure (enfin ça devrait) : on est en 2015, ça fait un peu plus d'une année qu'on est en Suisse, on a enfin notre propre appartement, et ma belle-soeur vient passer quelques semaines chez nous avec son mari et sa fille. On leur prépare une chambre d'amis, on se procure un lit, on achète deux ou trois choses pour qu'ils soient confortables. Ma maman, voyant ça, me lance un jour que quand elle et mon père venaient nous rendre visite à l'Ile Maurice, on ne les recevait pas de cette manière, qu'on ne prenait pas tant de soin à préparer leur venue. Eh bien Maman, c'est tout simplement parce qu'à Maurice on n'avait rien, vraiment rien. Acheter un lit aurait coûté plus que mon salaire mensuel, et là-bas, on ne trouve pas ce genre de choses d'occasion, parce que les gens ne changent pas de mobilier sur un coup de tête - au contraire, quand enfin ils changent quelque chose de cassé (un canapé, un frigo), ils le paient par mensualités sur un an ou deux. C'est aussi parce que je me tuais au travail, du lundi au samedi, que je préparais mes cours jusqu'à minuit alors que mon bébé se réveillait encore trois fois par nuit, alors il ne restait pas beaucoup de temps pour le reste. Et puis quand vous veniez à Maurice, on attendait votre venue comme un enfant attend son dessert, avec l'espoir d'avoir enfin droit à quelque douceur, une sortie au restaurant que vous auriez pu nous offrir, une visite culturelle, une balade en voiture vers des coins reculés, toutes ces choses qui nous étaient interdits en temps normal parce que nous n'avions pas de voiture, pas d'argent pour nous offrir plus qu'un McDo ou des mines frire. Alors que quand ma belle-soeur est venue nous rendre visite ici, c'est nous qui avions quelque chose à prouver, nous qui nous devions de leur offrir ce qu'ils n'avaient pas l'occasion de faire chez eux, un petit séjour en camping, des sorties, une chambre d'amis un peu jolie, un peu confortable.

Cette remarque, cette toute petite remarque, prononcée il y a six ans, revient de temps en temps me blesser, elle revient souvent ces derniers temps, je ne sais pas pourquoi. Elle tourne et tourne dans ma tête et m'égratigne le cœur.

Je pourrais continuer, je devrais peut-être le faire d'ailleurs, peut-être pas ici mais dans un cahier, quelque part. Je trouverais sûrement des motifs récurrents, je crois en voir un d'ailleurs, il s'agit souvent des moments où je n'ai pas su dire ma colère, ma tristesse, ou ma déception, où je n'ai pas sur m'expliquer, trouver les mots. Je crois que je m'améliore un peu dans ce domaine, j'apprends petit à petit à savoir ce que je veux, à le réclamer, à m'exprimer quand on me blesse, quand on me fait du tort. Je m'améliore mais ça reste très, très dur, car je crois que je n'ai jamais appris à communiquer comme il fallait, et surtout que j'ai toujours appris à faire passer les autres, leurs désirs et leurs besoins avant les miens.

J'ai des tas de blessures. Invisibles mais à la douleur lancinante. Je dirais bien que je les soigne, mais la vérité c'est que je n'ai aucune idée de la marche à suivre, ni de comment faire pour éviter que les petits événements de la vie ne continuent à me cabosser...

mardi 13 juillet 2021

Ingratitude

Midi : je fais plaisir aux enfants en les emmenant manger dans un restaurant qui offre un énorme buffet asiatique à volonté. Ils dévorent beignets de crevettes, makis, nouilles sautées, et surtout les fortune cookies dont ils rêvaient depuis des lustres après les avoir découverts dans leurs épisodes de Ninjago et dans une BD de Nelson.

18 heures : le P'tit Loup me demande ce qu'on mange. Je réponds que je vais faire des pâtes au fromage, et qu'il reste un peu de pesto. Il se met à hurler et à se plaindre qu'il ne peut jamais rien avoir de bon à manger.

Ça me donne envie de pleurer, de crier, de donner des coups de poing dans un mur. Ça me rend si triste, cette ingratitude, cette putain de manière qu'il a de réagir à tout ce qui lui déplait par des cris, que je pourrais aller me coucher dans mon lit et ne plus émerger jusqu'au lendemain. Si seulement je pouvais...

lundi 12 juillet 2021

Faire des mots-croisés ou conduire, il faut choisir

Un dimanche d'été, pique-nique en famille. On fait des grillades et c'est un plaisir de discuter avec toutes les personnes présentes... toutes, sauf une ! Un irréductible qui s'entête, année après année, à répéter ses "blagues" et remarques de sexisme ordinaire.

Ma tasse de café dans une main, je me dirige vers le bocal contenant les morceaux de sucre pour en prendre un. De ma main libre, j'ouvre le bocal et Monsieur X, assis à côté, me demande s'il peut m'aider.

- Ça va, j'ai réussi, merci.

- Ah, donc les femmes arrivent à faire deux choses en même temps !

A ce moment, je sens l'exaspération monter mais n'en laisse rien paraître. Tout en me servant de crème, je réponds calmement :

- Homme ou femme, ce n'était pas très compliqué.

Il se marre, et continue :

- Non, mais une fois ma femme avait sa mère au téléphone, et était en train de cuire des côtelettes. Les côtelettes ont été brûlées, alors j'en ai conclu qu'une femme n'arrivait pas à faire deux choses en même temps.

- Tu sais, je pense que ça dépend surtout de la tâche, et pas tellement du genre. Faire des mots-croisés en conduisant, c'est plutôt compliqué, mais écouter la radio en faisant à manger, ça reste possible.

J'allais m'en aller, mais j'ai encore ajouté en le regardant droit dans les yeux :

- Je sais que tu aimes bien ce genre de remarques sur les hommes et les femmes, mais personnellement ça a plutôt tendance à m'énerver, alors il vaudrait mieux éviter. C'est plus très 2021 de dire ce genre de conneries.

Ça fait combien de temps qu'on se connaît, quinze ans, vingt ? Et probablement aussi longtemps que cet homme de 15 ans mon aîné trouve une occasion quasiment à chaque réunion de famille de me mettre mal à l'aise - ou en colère - avec ce genre de remarques stupides. 20 ans que je ne sais pas quoi répondre.... jusqu'à hier.

La prochaine fois, je lui demanderai si c'est parce qu'il se sent à ce point insécure dans sa masculinité qu'il a besoin de rabaisser comme ça périodiquement l'autre sexe pour se rassurer. Ou alors, je lui demanderai pourquoi il me dit ça : pour plaisanter, ou juste pour m'emmerder ? Et avant qu'il ne puisse répondre, j'ajouterai :

- Si c'est pour plaisanter, clairement, je vais te demander d'aller faire ta blague à quelqu'un d'autre, parce que moi elle ne me fait pas rire. Et si c'est pour m'emmerder : est-ce que tu peux grandir un peu ? On dirait mes gamins lorsque l'un des deux agace son frère, puis semble tout étonné de le voir réagir...

Quelques minutes après notre interaction, je l'ai entendu raconter notre accrochage à d'autres mâles avec qui il était en train de fumer un cigare. Ça m'a d'abord un peu agacée, puis je me suis rendu compte que s'il en parlait, c'est que ça lui était resté en travers de la gorge... et que j'avais donc atteint mon but.

lundi 28 juin 2021

Le temps est devenu fou

Le temps est devenu fou.

Mardi passé, j'ai observé, médusée, la rue devant chez moi se transformer en rivière. C'était d'abord de petites rigoles, de chaque côté, qui se sont vite rejointes pour former un torrent. Comme la rue est en travaux et n'a pas encore été goudronnée, des ruisseaux se sont creusés dans le sable et le gravier. A côté de la fontaine, le trou béant de deux mètres de côté et d'un mètre cinquante de profondeur a rapidement été rempli d'eau, n'apparaissant bientôt plus du tout.



Les voisines du dessus et du dessous étaient comme moi à la fenêtre à contempler ce spectacle effarant. La pluie semblait ne jamais vouloir s'arrêter. J'ai vu une camionnette de pompiers s'arrêter dans la rue d'en face et son occupant passer dans plusieurs maisons, probablement celles qui avaient été inondées. J'étais pour ma part heureuse de ne pas habiter au rez-de-chaussée...

 

C'est un peu plus tard, alors qu'il faisait déjà nuit, que j'ai vu un hélicoptère se diriger vers le village d'à côté. Il éclairait la forêt et les maisons de son projecteur. Une recherche sur internet, et j'ai appris que la situation avait été encore bien pire là-bas : c'est carrément des torrents de boue qui se sont déversés sur le village, emportant les voitures, détruisant les jardins, éventrant la route, pénétrant dans les caves et les maisons... Certains habitants ne pouvaient plus sortir de chez eux et avaient dû se réfugier au grenier en attendant les secours.


 

La valse de l'hélicoptère et des véhicules de secours a duré encore un moment. La pluie, qui s'était calmée, s'est remise à tomber. J'ai eu du mal à m'endormir, bouleversée par toute cette situation - pas pour moi, mais pour toutes ces personnes qui ont vu leur maison dévastée.


C'est la deuxième fois de ma vie que j'habite là où ce genre de phénomène se produit : la première fois, c'était à Port-Louis, à l'Ile Maurice. Là-bas, plusieurs personnes étaient mortes noyées, en tombant dans le canal gonflé à bloc ou en restant piégées dans un passage souterrain qui se remplissait d'eau. Cette fois-ci, heureusement, les dégâts ne sont que matériels.

 

N'empêche, je reste tendue quand la pluie recommence à tomber fort, comme hier soir ou cet après-midi. Hier soir, j'étais déjà couchée. La pluie qui s'est mise à tomber subitement m'a tirée de mon lit, et je suis allée contempler l'eau qui recommençait à s'accumuler sur la route, à former de petites rigoles... Un peu plus tard, un énorme coup de tonnerre a retentit, une fraction de seconde seulement après l'éclair, faisant tout trembler et laissant mon cœur battant. Et cet après-midi, le temps s'est soudainement obscurci, le vent a commencé à souffler, secouant violemment la cime des arbres. J'ai eu le réflexe de rentrer le basilic posé sur le rebord de ma fenêtre, et peu après la pluie commençait, se transformant bientôt en gros grêlons qui venaient taper sur les fenêtres avec un bruit assourdissant.

Quand je suis sortie un peu plus tard pour aller à l'épicerie, le léger vent qui persistait faisait danser des morceaux de fleurs de géranium éparpillés sur la route sous les fenêtres fleuries.

Le temps, semble-t-il, est devenu fou...