- Grand Loup, avant de partir, prends toi-même un goûter pour toi, et un pour ton petit frère... P'tit Loup, je t'en prie, va mettre tes chaussures !
Il est 8 heures moins 10. Nous sommes jeudi matin, les enfants s'apprêtent à partir à l'école. Moi, je suis assise à la table du petit déjeuner... d'où je n'arrive plus à me relever. Un peu plus tôt, j'ai fait un faux mouvement et crac ! j'ai senti mon dos se bloquer. En poussant des gémissements, je suis venue rejoindre mes enfants à table. Je n'arrive pas à tendre le bras pour attraper le pot de confiture, j'ai mal dès que je tente de changer de position, tourner la tête est une horreur, et je me demande si je réussirai à me relever un jour.
C'est la semaine entière qui a été terrible. Je l'ai commencée avec une cystite (aïe, ça brûle, ça fatigue, c'est extrêmement désagréable) pour laquelle j'ai eu droit à des antibiotiques. En même temps, je commençais à attraper le rhume de mes chers bambins, qui l'ont eu chacun à leur tour la semaine passée. Si ça a duré à peine plus d'une journée pour eux, j'ai eu pour ma part beaucoup, beaucoup plus de mal à m'en remettre... Ce n'est qu'aujourd'hui (vendredi !) que ma tête est enfin libérée de l'étau qui l'enserrait. Et pour couronner le tout : j'avais mes règles ! Inutile de dire que j'ai été patraque pendant toute la semaine et que j'ai tout laissé trainer - vaisselle, ménage, mémoire...
Il y a aussi de (gros) soucis du côté de mon beau-frère qui ont pesé, ajoutant un bonne dose de stress... D'autant que j'ai m'occuper des enfants toute seule, leur papa étant allé soutenir son frère à Paris pendant ces moments difficiles.
Beaucoup de fatigue, beaucoup de stress, peu de travail effectué, quelques cris et énervements avec les enfants... mais étrangement, pas de déprime. Je dis « étrangement », parce qu'une semaine comme ça aurait sans doute été un enfer il y a une année. J'aurais été désespérée, j'aurais broyé du noir, j'aurais eu envie d'envoyer mes enfants en pension ou qu'on m'enferme moi - à l'asile.
Mais là, non.
Ça n'a pas été facile, loin de là, mais je n'ai pas ressenti ce profond désespoir, cette chape de plomb qui pesait sur mes épaules. J'avais envie de dormir, mais pas de m'enfuir avec un aller simple sur une île déserte. J'ai un peu crié sur mes enfants, mais j'ai même su me maîtriser un soir où ils ne s'endormaient pas pour leur faire faire un peu de méditation. Enfin, j'ai été reconnaissante que ma maman vienne s'occuper des enfants hier soir, qu'elle fasse un peu de vaisselle et ramasse les legos qui trainaient dans le salon, mais j'ai réussi à aller à la séance de parents malgré le dos encore un peu bloqué, les sinus bouchés et le mal de tête qui s'installait.
Il y a un an, j'aurais sûrement appelé ma maman beaucoup plus tôt, et j'aurais passé ma soirée dans mon lit à pleurer.
J'ai changé. J'ai guéri. Je crois. C'est étrange et c'est bon et ça rend léger de s'en rendre compte. Étrange, parce que quand j'étais en train de le vivre, je ne me rendais pas compte à quel point j'allais mal, à quel point cette situation n'était pas normale.
Peut-être bien que j'ai retrouvé mon fil, celui que j'avais perdu. Peut-être bien pour de bon, cette fois-ci.

