*Cette personne* est douée pour le reproche. Le reproche un peu justifié comme celui qu'elle formule juste pour faire oublier ses propres manquements, ses propres erreurs, ses propres échecs.
*Cette personne* est habile pour taper là où ça fait mal, pour raviver une blessure qu'on croyait cicatrisée, pour tourner et retourner le couteau dans la plaie. Elle a les mots pour te faire te sentir tout petit, des mots qui tourbillonnent ensuite dans ta tête et engendrent une lutte violente entre ta raison, qui sait que *cette personne* a tort, et ton cœur, qui hurle de douleur.
*Cette personne* n'hésite pas à affirmer des choses injustes, des choses invraisemblables. Elle sait aussi, par quelque tour de passe-passe, retourner une situation pour se faire passer pour la victime, et toi pour le bourreau. Après t'avoir ensevelie de remarques négatives, elle t'observe sortir tes griffes, t'écoute exposer tes griefs, toi acculée, dos au mur. Puis *cette personne* t'accuse d'être tout le temps en train de lui faire des reproches, et de ne pas voir tout ce qu'elle fait de bien.
*Cette personne* aime compter. Tenir des comptes d'épicier pour à peu près tout, les centimes dépensés, mais surtout les efforts investis, l'énergie mise à faire ceci ou cela, le temps dépensé dans telle ou telle activité. Oui, *cette personne* compte. Avec un compte un peu plus généreux quand il s'agit de ses propres efforts, de sa propre énergie. L'énergie des autres, c'est sûr, vaut moins que la sienne.
*Cette personne* aime se bagarrer. Pas se battre pour obtenir quelque chose de précis ou pour faire avancer les choses, non, se bagarrer pour le geste, parce que ça lui permet de te faire porter le chapeau pour ses propres échecs, parce que c'est la seule chose qu'elle connaisse. La meilleure défense de *cette personne*, c'est l'attaque.
Et puis, quand elle est fatiguée de se bagarrer, *cette personne* veut qu'on l'admire, qu'on la flatte. Parce que *cette personne*, au fond, c'est une toute petite personne qui manque de confiance en elle, qui a un besoin terrible et inassouvible d'attention, de tendresse, de reconnaissance. Elle cherche à obtenir des autres ce sentiment de sécurité qu'on ne peut réellement recevoir que de soi-même - cette certitude d'être plein et entier qu'on doit découvrir au fond de soi. Toi, tu ne peux pas lui donner tout ça, mais elle ne le comprend pas, alors elle insiste, elle cherche, elle tape, elle griffe, elle attaque en espérant obtenir comme ça ce qu'elle désire plus que tout.
J'ai eu mal au ventre en traçant le premier jet de cet article dans un cahier, et j'ai à nouveau mal au ventre en le transcrivant ici. Quand blesser est un art... induit par la souffrance... Jusqu'à quand peut-on expliquer, légitimer, pardonner des actes, des paroles, ou l'absence d'actes ? *Cette personne* souffre, mais elle fait aussi beaucoup souffrir. Je lui souhaite de trouver un jour cette précieuse force qui est en elle et qui lui permettra enfin d'avancer... Mais je me dois de me protéger, refermer mes blessures et l'empêcher d'en ouvrir d'autres.


