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jeudi 14 juin 2012

Les Mauriciennes ont désormais le choix... dans des « cas spécifiques »


Après plusieurs semaines de débats passionnés, le parlement mauricien a dit « oui » mardi à la dépénalisation de l’avortement « dans des cas spécifiques ». Depuis des semaines, les séances parlementaires étaient animées par ces débats, la presse ne parlait plus que de cela. Les divers groupes et associations religieuses, les ONG, s’étaient tous mobilisés.

L’Eglise catholique affichait évidemment son opposition, les ulemas (religieux musulmans) approuvaient l’avortement uniquement dans un certain nombre de cas. Les membres du Mouvement d’Aide à la Maternité, une ONG, étaient farouchement opposés au projet. Les « pro-choix » n’étaient toutefois pas en reste, organisant veillées nocturnes et conférences de presse.

On se battait contre une loi qui avait été instaurée en1838, alors qu'une puissance coloniale gouvernait l'Ile. Il était temps qu'on la revoie.

L'avortement n'est toutefois toujours pas légal. Il a été dépénalisé dans quatre cas bien spécifiques : lorsque la vie de la mère est en danger, lorsque la grossesse peut affecter la santé mentale ou physique de la mère de manière irréversible, si le fœtus n'est pas viable à cause d'une malformation, et enfin, last bu not least, si la femme est tombée enceinte suite à un viol, s'il s'agit d'une mineure, ou s'il y a eu inceste.

C'est déjà un premier pas, je suis heureuse d'avoir été témoin de tout ceci, et contente que la petite Ile Maurice se "modernise" quelque peu. Il y a encore des points noirs, d'après moi. Selon la loi qui a été votée, pour pouvoir avorter suite à un viol, celui-ci doit avoir été rapporté à la police. Normal, dans un sens. Si l'on considère toujours que l'avortement est un crime, il est normal d'essayer de limiter les abus. Là où cela devient plus difficile à accepter, c'est qu'au cas où une femme ferait une fausse déclaration de viol dans le but de pouvoir avorter, elle encourrait une peine de prison de... dix ans !

Je suis une défenseuse du choix : une femme ne devrait pas, selon moi, être forcée à mener à terme une grossesse non désirée. Le vote de cette loi est un vote "historique", certes - comme l'ont martelé les membres du gouvernement, fiers de leur beau projet - mais ce n'est pour moi qu'un premier pas. J'attends de pied ferme le jour où l'avortement sera complètement légal, et qu'on n'entendra plus parler de décès de femmes qui ont tenté de se débarrasser de leur fœtus à l'aide d'un rayon de bicyclette ou en avalant des dizaines de comprimés.