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dimanche 9 décembre 2012

Comme un parfum de campagne

Depuis quelques semaines y a comme un petit parfum de campagne dans l'air... Pas celle qui sent bon l'herbe et les fleurs de champs, non, plutôt celle qui empeste la politique politicienne, la démagogie, le populisme, les attaques personnelles et autre subtilités. Les élections villageoises ont eu lieu dimanche dernier, les élections municipales aujourd'hui.

Des fanions rouges, bleus, mauves ou oranges ornent les rues, les ronds-points...
Comme d'habitude, il y a deux blocs qui s'affrontent - même si les combinaisons changent d'élection en élection, un peu comme dans une équipe de foot que l'on reforme avant chaque compétition.

D'un côté, il y a les rouges et bleus, le parti travailliste et le PMSD. Capitaine de l'équipe : "le Premier ministre le docteur Navin Ramgoolam" (comme on le nomme invariablement sur la chaîne de télé locale), fils du "Père de la Nation", le premier Premier ministre de Maurice après l'indépendance.

Et vous, quelle est votre couleur préférée ?
 De l'autre, on retrouve l'équipe orange et mauve, le MSM et le MMM. Deux capitaines se partagent la direction : Paul Béranger, leader du mauve Mouvement Militant Mauricien, et Sir Anerood Jugnauth, ancien Président, ancien Premier ministre et leader du parti soleil, le MSM.

Bien sûr, il faut ajouter à cela d'autres partis qui disposent d'un électorat moins important, comme le Parti Malin (à Curepipe) et le FSM, un parti principalement (uniquement ?) musulman (à Port-Louis).

"Votez pour la clarté", nous exhorte le
"Front équité territoriale". Au vu du nombre
d'erreurs dans leurs affiches, je ne suis pas
sûre que je les choisirais pour la clarté...
Petit florilège des plus belles démonstrations de démocratie auxquelles nous avons pu assister, directement ou par presse interposée ces derniers temps :
  • Où qu'on se balade, on aperçoit des employés municipaux à l'ouvrage. Ils refont les trottoirs, réasphaltent les routes, réparent les ponts endommagés, réaménagent les places de jeux. Et ici et là, on entend de braves femmes ou des honnêtes hommes soupirer : "Mo trouvé gouvernman faire bien. Li pé bien amenn développman !"
  • La semaine dernière, le camion-poubelle n'est pas passé un jour où il était supposé venir. A en croire la presse, l'Opposition aurait demandé aux éboueurs de prendre congé afin de mettre la population en colère.
  • Plusieurs députés de la majorité, qui font campagne pour leur camp, ont affirmé à la population qu'il fallait voter pour eux afin que la municipalité continue à recevoir les fonds nécessaires à son "développement" du gouvernement central. Le ministre des Finances affirmait en effet hier soir dans un quartier de Port-Louis qu' "en cas de victoire", les municipalités recevraient le soutien "complet" du ministère des Finances. Comme s'interroge justement l'express dimanche, d'où je tire l'info : "Et en cas de défaite ?"
  • L'autorité régulatrice de la radio et télédiffusion (IBA) à Maurice avait décidé, il y a deux semaines, d'interdire aux auditeurs des radios d'appeler pour donner leur avis lors des émissions politiques (avant de revenir sur leur décision jeudi dernier). Pendant ce temps, la chaîne de télé nationale continuait innocemment sa "propagande", montrant les "développements" apportés par l'Etat, répercutant (presque) uniquement les propos du gouvernement en place, etc.

Notre quartier a pris des allures de fête
Bon, on est bientôt au bout. Plus que quelques jours à subir les discours de victoire, les quolibets des uns et des autres, les récriminations (sans doute) du parti qui aura perdu. Puis tout rentrera "dans l'ordre", tout redeviendra exactement comme avant, quelle que soit l'issue du scrutin.

Mon chéri vient d'aller voter - je me demande bien pour qui d'ailleurs. J'aurais bien été embêtée de choisir entre un candidat et un autre. Là, je suis contente de ne pas (encore) avoir la nationalité mauricienne. Lisez plutôt ce qu'il vient de me raconter :

En se rendant au centre de vote, il s'arrête à un stand de l'une des deux alliances, et demande aux "agents" quel est leur programme, pour comparer avec celui de l'autre bloc, qu'il a déjà reçu. Aucun d'entre eux ne sait quoi dire, ils affirment qu'ils n'ont pas de dépliant sur eux, qu'il faudrait appeler au bureau pour demander... Un homme prend alors la parole : "Non, mais si un jour vous avez un problème, venez taper à notre porte. Nous allons vous aider."

O_o

Pour éviter les problèmes, pas le droit de vendre de l'alcool pendant les week-ends d'élections !
Bienvenue au paradis !

vendredi 9 novembre 2012

"La croissance, c'est le bonheur"

...dixit le Ministre des Finances, aujourd'hui même, juste après la présentation du Budget 2013.

Je ne commente pas, vous en pensez ce que vous voulez.

mercredi 7 novembre 2012

Obama, c'est reparti pour 4 ans !

Ça y est, c'est fait. Aux Etats-Unis, Obama a été réélu à la présidence, après plusieurs mois de campagne, de débats, d'échanges d'idées. Le candidat battu, Romney, l'a déjà appelé pour le féliciter. Obama, lui, a commencé par remercier ses électeurs sur Twitter : "This happened because of you. Thank you."

A Maurice, le ministre des Finances s'apprête à présenter son budget, ce vendredi. Les dates des élections villageoises et municipales - que l'on attend quand même depuis deux ans - ont par ailleurs été annoncées : le 2 décembre pour les premières, le 9 pour les secondes. Les politiques, eux, continuent à se tirer dans les pattes, à annoncer d'ores et déjà leur victoire, à dénoncer de prétendus "scandales" et autres abominations commises par le camp d'en face. Il n'y aura probablement pas de débat, le tout sera de savoir si les électeurs préfèrent le rouge ou le mauve...

jeudi 14 juin 2012

Les Mauriciennes ont désormais le choix... dans des « cas spécifiques »


Après plusieurs semaines de débats passionnés, le parlement mauricien a dit « oui » mardi à la dépénalisation de l’avortement « dans des cas spécifiques ». Depuis des semaines, les séances parlementaires étaient animées par ces débats, la presse ne parlait plus que de cela. Les divers groupes et associations religieuses, les ONG, s’étaient tous mobilisés.

L’Eglise catholique affichait évidemment son opposition, les ulemas (religieux musulmans) approuvaient l’avortement uniquement dans un certain nombre de cas. Les membres du Mouvement d’Aide à la Maternité, une ONG, étaient farouchement opposés au projet. Les « pro-choix » n’étaient toutefois pas en reste, organisant veillées nocturnes et conférences de presse.

On se battait contre une loi qui avait été instaurée en1838, alors qu'une puissance coloniale gouvernait l'Ile. Il était temps qu'on la revoie.

L'avortement n'est toutefois toujours pas légal. Il a été dépénalisé dans quatre cas bien spécifiques : lorsque la vie de la mère est en danger, lorsque la grossesse peut affecter la santé mentale ou physique de la mère de manière irréversible, si le fœtus n'est pas viable à cause d'une malformation, et enfin, last bu not least, si la femme est tombée enceinte suite à un viol, s'il s'agit d'une mineure, ou s'il y a eu inceste.

C'est déjà un premier pas, je suis heureuse d'avoir été témoin de tout ceci, et contente que la petite Ile Maurice se "modernise" quelque peu. Il y a encore des points noirs, d'après moi. Selon la loi qui a été votée, pour pouvoir avorter suite à un viol, celui-ci doit avoir été rapporté à la police. Normal, dans un sens. Si l'on considère toujours que l'avortement est un crime, il est normal d'essayer de limiter les abus. Là où cela devient plus difficile à accepter, c'est qu'au cas où une femme ferait une fausse déclaration de viol dans le but de pouvoir avorter, elle encourrait une peine de prison de... dix ans !

Je suis une défenseuse du choix : une femme ne devrait pas, selon moi, être forcée à mener à terme une grossesse non désirée. Le vote de cette loi est un vote "historique", certes - comme l'ont martelé les membres du gouvernement, fiers de leur beau projet - mais ce n'est pour moi qu'un premier pas. J'attends de pied ferme le jour où l'avortement sera complètement légal, et qu'on n'entendra plus parler de décès de femmes qui ont tenté de se débarrasser de leur fœtus à l'aide d'un rayon de bicyclette ou en avalant des dizaines de comprimés.