L'autre jour, en lisant une (ancienne) BD de Cédric à mes garçons, je me suis rendu compte d'un truc : sa maman est presque systématiquement représentée en train de faire le ménage. Elle a pratiquement tout le temps un fer à repasser, un plumeau, une éponge ou une spatule à la main. Le papa, lui, on le voit systématiquement rentrer du travail le soir. Quant au grand-père, si vous connaissez la BD, vous savez sans doute qu'il est pratiquement toujours sur son fauteuil, à lire le journal ou à regarder la télé.
J'en ai fait la réflexion à mes petits mecs. Ils ont trouvé ça bizarre, eux aussi, et ont été bien d'accord que les mamans, ça fait aussi autre chose que la vaisselle et la poussière.
Ça m'a par contre rappelé un truc chouette que j'avais remarqué pendant la période du confinement, en parcourant certaines des fiches d'exercices reçues par mon Grand Loup. Par exemple, sur celle-ci :
Quand j'ai lu la consigne, je n'ai pas pu m'empêcher d'être surprise : Sophie, petites voitures ?
C'était en fait une bonne surprise : le protagoniste d'une problème de maths est une fille, qui plus est, une fille qui a des petites voitures. Quand on sait que les manuels scolaires comptent la plupart du temps moins de personnages féminins que masculins, et que les rôles des deux genres sont encore largement stéréotypés (les femmes et les filles dans la sphère domestique et familiale, les hommes et les garçons à l'extérieur), j'ai été ravie de voir que ce n'était pas le cas ici.
Je ne sais pas exactement d'où viennent les fiches que les enfants recevaient pendant le confinement (leur livre de maths, ou une autre source ?), mais il semble que pour une bonne partie d'entre elles, on avait prêté bien attention à alterner entre les personnages garçons et les personnages filles, et surtout à donner de chouettes rôles aux filles. D'ailleurs, revoici Sophie, qui cette fois-ci a inventé une fusée supersonique. (!!!)
Ici, on a affaire à une conductrice de taxi : franchement inhabituel de voir une femme dans ce genre de métier, et ça me plait carrément !
Du coup, je me suis mise à chercher des contre-exemples, et bien sûr, j'en ai aussi trouvé. Par exemple, pourquoi tous les musiciens de ce problème doivent-ils avoir des prénoms masculins (à moins que Dominique ne soit une fille, c'est vrai) ? Peut-être qu'Alain aurait pu s'appeler Aline, et Pascal Pascale. Surtout que je ne pense pas avoir vu de problème dans lequel tous les protagonistes sont féminins. Ça n'arrive pour ainsi dire jamais.
Ce genre de détails m'interpelle, m'intéresse. Je pense qu'il est important d'y faire attention, de montrer aux enfants qu'on peut être une fille et fabriquer des fusées supersoniques, qu'on peut être un garçon et avoir une poupée, que les femmes peuvent aussi conduire des taxis et acheter des maisons et diriger une entreprise. Mais aussi, qu'on peut faire tout ça en étant en chaise roulante, ou si notre peau est noire, ou si on a les yeux bridés... Bref, leur montrer un monde où on n'est pas limité à un type d'activité ou une classe sociale juste en raison de son genre ou de son ethnicité.
Alors, à défaut de pouvoir éviter complètement de genre de biais, quand je vois des détails qui m'agacent dans un livre ou une BD que je lis aux enfants, je fais une réflexion, j'en parle avec eux. Et ça marche, je pense qu'ils y sont sensibles maintenant, eux aussi. Et je suis toute fière quand mon P'tit Loup, la fois suivante, me lance lui-même : « Eh, t'as vu ? La maman de Cédric, elle est toujours en train de faire la lessive ! »








