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vendredi 20 mars 2020

Science-fiction

On se croirait dans un film d'anticipation.

L'armée suisse n'a jamais été autant mobilisée depuis la seconde guerre mondiale. Avant les infos à la radio, à certaines heures, une voix sinistre s'élève : "Message du Conseil Fédéral. Restez chez vous ! Sauf, si vous allez faire les course. Sauf, si vous allez à la pharmacie. Sauf..." L'ennemi invisible rôde autour de nous, dissimulé derrière des gens d'apparence normale... peut-être est-il même déjà en nous, sans que nous le sachions. Wikipedia fait en temps réel le compte des cas avérés, le compte des morts, par pays, par région. Et chaque jour, ce ciel bleu éclatant et ce soleil radieux.

Notre monde tourne au ralenti. La plupart des commerces sont fermés, à la télé ou sur les blogs, on voit les avenues des grandes villes complètement désertes. Les enfants reçoivent du travail scolaire par internet, qu'on peut imprimer. Je me demande comment on fera quand on n'aura plus d'encre dans l'imprimante, puisqu'on ne peut plus en acheter. Je me demande comment font ceux qui n'ont pas d'imprimante.

En Suisse, on n'est pas strictement confinés. On peut sortir, un peu. Comme on habite un village, on peut facilement se balader en forêt sans croiser personne. Ou au bord du canal, en croisant un peu plus de monde. Mais on peut maintenir les distances de sécurité, alors je suppose que ça va... On évite quand même de sortir trop souvent.

Depuis que l'école a fermé, on a quand même réussi à faire deux ou trois petits trucs positifs.

  • D'abord, je me suis remise à faire du pain. J'ai une machine, alors ce n'est pas un grand exploit, même pas besoin de pétrir. Par contre, je ne programme que la préparation de la pâte, et je le cuis ensuite au four. C'est quand même meilleur comme ça. Hier matin, j'étais très fière de la jolie croûte croustillante de mon pain, et de la mie pour une fois assez cuite. Il était juste un peu biscornu, mais ça faisait tout son charme.
  • On a réparé la chaise du P'tit Loup, sur son initiative. C'est une chaise pour enfants, qu'on peut mettre à différentes hauteurs. Et une des barres horizontales du dossier tournait sur elle-même, puisque les petits éléments de bois supposé l'éviter étaient cassés à l'intérieur. On a dévissé le tout, remplacé les p'tits machins, revissé, et le tour était joué.
  • On a fait des biscuits... de Noël ! Quand j'ai proposé à Grand Loup de faire un peu de pâtisserie, il a réclamé des petits milanais... qu'on fait traditionnellement plutôt en période de l'Avent. Soit ! Ils sont faciles à faire, et plutôt ludiques, avec leurs jolies formes. On a donc fait une fournée de milanais.
  • J'ai aussi nettoyé en grand l'étagère que l'on a dans la cuisine, y compris tout en haut, derrière le micro-ondes et derrière le carton du four à crêpes et du cuiseur à vapeur, où la poussière à tendance à s'accumuler... Elle est étincelante.
Et chez vous, comment est-ce que cela se passe ?

dimanche 15 mars 2020

Vous avez dit virus ?

C'est tellement étrange, les écoles fermées, les cinémas aussi, les réunions de plus de 100 personnes interdites. Ce week-end, il faisait bon, on est allé se promener. Samedi, en forêt, on n'a croisé qu'un homme qui faisait du jogging. Nous, on a dessiné un cœur en pives et épines de pin, et construit des petits bidules avec des bouts de bois.


Le matin, on était allés faire les courses normalement, sans les enfants. Il y avait du monde au supermarché, mais les rayons étaient encore remplis. Sauf celui des pâtes, bien entamé. Et il était 9 heures du matin. Au marché, c'était comme d'habitude. Je crois. Sauf que certains maraîchers portaient des gants de chirurgien. J'ai acheté mes carottes, mes endives, mes champignons, mon brocoli, en essayant de ne pas trop me coller aux gens.


Aujourd'hui, dans le village, beaucoup de familles étaient sorties se promener. Nous aussi. On se croise, on se salue, on ne se mélange pas. Mais ça ressemblait à un dimanche normal en somme. Il y a juste un je-ne-sais-quoi d'étrange qui flotte dans l'air, et une idée unique, comme un nuage qui tourne autour de toutes les têtes : coronavirus, coronavirus, virus, virus...


Il y a une semaine encore, j'avais croisé une copine au magasin en vrac et on s'était fait la bise en riant, affirmant qu'on n'avait « pas peur ». En une semaine, beaucoup de choses ont changé.


Je ne sais pas trop ce que je ressens face à tout ça. Vendredi, je l'avoue, une espèce de panique vague et irraisonnée s'emparait de moi. Une crainte diffuse, pas pour moi, pas pour mes enfants, puisqu'il parait que les enfants son peu touchés, et qu'on est plutôt en bonne santé. Mais pour les autres. Je pensais à mes parents, à ma grand-mère. Mes beaux-parents tout là-bas, dans un pays où il vaut mieux ne pas avoir besoin de respirateur artificiel si on n'a pas les moyens de payer une clinique privée. Je pensais même aux autres, à tous ces gens que je ne connais pas, qui risquent de souffrir, de mourir peut-être. Chaque mort, c'est quelqu'un qui perd sa mère, son frère, sa tante, son mari. Ce n'est pas parce que je ne les connais pas que ce n'est pas triste.


D'un point de vue un peu plus philosophique, par contre, cette situation est plutôt fascinante. Notre société va devoir ralentir. Et ralentir, c'est bien. Pendant un temps, pas de shopping irraisonné, pas de voyages en Thaïlande ou de week-ends à  Barcelone. On oublie les gros événements et on reste en famille. En petits comités. C'est bien, mais c'est aussi inquiétant. Quel impact est-ce que ça aura sur l'économie ? Les petits commerçants, toutes les personnes qui travaillent en indépendant... comment vont-ils s'en sortir ? Et puis, les gens... Nous, on est quatre à la maison. Et ceux qui vivent seuls ? Ces fameuses "personnes vulnérables", est-ce qu'elles ont quelqu'un pour s'occuper d'elles ?


Cette situation est inquiétante, étonnante, presque irréelle. En tout cas, tout à fait inédite pour moi, et la plupart des gens ici. On va s'en sortir, oui, sûrement. J'espère en tout cas que toutes ces mesures auront l'effet escompté, que les gens respecteront les consignes, que les services de santé ne seront pas surchargés, et que dans quelques mois la situation retournera un peu à la normale...