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mercredi 18 novembre 2020

Ma voisine Kala

Quand je vivais à l'Ile Maurice, j'ai d'abord habité pendant un peu plus d'une année chez mes beaux-parents. J'étais enceinte de 10 mois quand on a emménagé dans un petit appartement à la ruelle D., à Port-Louis.

Nos voisines de palier étaient une vielle femme, son mari et leur fille d'une trentaine d'années, avec qui on a rapidement lié connaissance. 

La vieille femme, que nous appelions Kala (« ma tante »), passait toutes ses journées à la maison, généralement postée à la fenêtre pour observer les rares passants de notre petite impasse. A chaque fois qu'on rentrait à la maison, on était pratiquement sûrs d'apercevoir sa petite tête ovale, ses cheveux gris montés en chignon, dans l'embrasure de la fenêtre de sa chambre. Son mari était malade et il est d'ailleurs décédé quelques mois plus tard - nous n'avons jamais vraiment eu l'occasion de parler avec lui. Leur fille, N., était comptable et gagnait bien sa vie. Elle nous racontait souvent plein d'histoires plus ou moins intéressantes sur sa famille, ses soucis, etc. Elle connaissait aussi tous les petits ragots, récents ou anciens, sur les gens du quartier.

On voit la fenêtre, mais Kala ne semble pas avoir été à son poste ce jour-là.
Devant l'immeuble, moi et mon gros bidon de femme enceinte, et ma soeur dans sa jolie robe rose.

Kala H. nous donnait souvent des restes de repas, généralement des take-away ramenés par sa fille, en précisant à chaque fois qu'elle n'avait pas mangé directement dans la barquette qu'elle nous tendait (d'ailleurs, à force de l'entendre le répéter, on a fini par se demander si on ne devait pas croire plutôt le contraire). Une fois, elle nous avait donné un reste de mine frire (des nouilles chinoises sautées), avec son habituel : "Hein, vine prend, pas restant ça ! Sauffe-li to manzé !" ("Tiens, prends-le, je n'ai pas mangé dedans ! Chauffe-le et mange-le !"). Le jour suivant (ou le soir même, je ne sais plus trop), on avait été malades tous les deux, au point qu'on était allés à l'hôpital où on nous avait mis sous perfusion pour nous réhydrater (Bon, on s'en serait sans doute très bien sortis sans, hein, mais vu le stress de mon mari légèrement hypocondriaque, on a préféré aller consulter). Toujours est-il que c'est devenu une blague entre nous et elles, comme quoi notre brave Kala avait failli nous empoisonner avec ses mines frire.

On allait souvent acheter le pain pour elles et nous en même temps. Comme N. partait assez tôt au travail, elle n'avait pas forcément le temps de passer prendre les trois pains réservés à la petite boutique chinois à deux pas de chez nous. Alors Kala H. venait frapper à notre porte, nous tendait l'argent et nous demandait si on pouvait y aller pour elle. A la mort du père, elle a continué à réserver trois pains, comme avant, et du coup nous en donnait un. Le week-end, N. allait souvent acheter des gato piman à l'autre bout de la ville, et elle nous emmenait parfois avec elle dans sa petite voiture verte.

La boutique chinois où on achetait du pain tous les matins


Elles avaient une petite chienne blanche appelée Chiara, qui ne sortait quasiment jamais de l'appartement (N. se contentait de passer la serpillère quand elle avait fait ses besoins par terre). Elle aboyait éperdument dès que quelqu'un montait l'escalier, et on ne pouvait donc pas rentrer sans être repérés, même si par hasard notre brave Kala n'était pas à son poste d'observation à la fenêtre.

Kala H. utilisait de drôles de mots en créole, elle disait lasam bain (« la chambre de bain ») pour salle de bain, et lakaz zernié pour toile d'araignée (que mon mari aurait plutôt prononcé zarainié). Elle nous a aussi raconté plusieurs fois que sa fille avait voulu les faire déménager, mais que Kala n'avait pas aimé la nouvelle maison à cause du bruit de la rivière toute proche : ça faisait « waaaaaaaah !! », nous racontait-elle de sa bouche sans dents. Alors, elles étaient revenues.

Bébé, papa, N., Kala H. et la chienne Chiara, un jour où N. nous avaient emmené à la plage

Quand on est retournés à l'Ile Maurice pour des vacances il y a trois ans, on est aller frapper à sa porte. Kala H. était ravie de nous revoir, elle nous a offert un verre de coca (ou un thé, je ne sais plus) et on a discuté. C'était étonnant de se retrouver après plusieurs années. A présent, Kala H. n'avait plus besoin de se poster à la fenêtre pour voir passer les gens ; à la place, elle fixait l'écran qui affichait l'image des caméras de surveillance installées dans la rue, dans l'allée et dans l'escalier ! Le toutou était toujours là, mais devenu vieux, il n'aboyait plus à l'arrivée d'étrangers.

Sa fille était au travail ce jour-là, mais elle nous a invités au restaurant quelques jours plus tard - là aussi, c'était un drôle de sentiment que de se revoir après tant de temps. On avait un peu l'impression de débarquer d'une autre galaxie, tant notre vie, notre quotidien avait changé depuis l'époque de la ruelle D.

Repenser à tout ça me rend toute nostalgique... ça fera bientôt 7 ans qu'on a quitté l'Ile Maurice, mais ça me parait à des millénaires...


Inspiré par le défi Les gens qu'on aime de Dr. CaSo (Quelqu'un qui est un.e voisin.e, #14)

jeudi 25 juin 2020

Les idiots aussi se ressemblent tous

Ça fait longtemps que je n'ai plus répondu au chouette questionnaire de Mahie, mais sa question sur la conversation surréaliste m'est tout de suite venue à l'esprit l'autre jour quand j'ai eu un échange avec cet homme.

Dans un magasin de seconde main, un client noir discute avec l'un des vendeurs (bénévole, sauf erreur), puis s'en va. Le vendeur se retourne alors vers moi, et me lance :

- Oh la la, ces Africains, ils se ressemblent tous !

Sidérée, je ne sais pas quoi répondre. J'essaie un timide et sceptique :

- Ah... bon ?

- Ben oui ! Mon beau-frère ressemble un peu à ce gars, mais en plus costaud... Mais c'est comme les Asiatiques, on ne dit pas qu'ils se ressemblent comme deux gouttes de thé ?

- Heu...

Il me souriait de manière insistante et ne me semblait pas vouloir me laisser m'en aller. Avec ma timidité, mais ma politesse légendaires, je ne savais pas trop comment couper court à la conversation. J'ai donc essayé avec un pathétique :

- Moi, je ne suis pas forte pour reconnaître les visages, de toute façon.

- Oui, mais moi, si vous me revoyez demain, vous allez me reconnaitre, non ?

Je lance un regard au type. Il a des cheveux blond-gris qui lui tombent jusqu'aux épaules, une barbe de trois jours et doit mesurer dans les 1m55. Oui, il y a bien des chances que je le reconnaisse, il ne doit pas y en avoir deux comme lui !

Comme je fais mine de m'en aller, il semble se rappeler qu'il travaille ici, et me demande s'il peut m'aider. Je décline son offre, disant que je me dirige vers l'étage inférieur, où se trouvent les vêtements.

- Ah oui bien sûr, c'est que les femmes ça a besoin d'habits !

Et hop, après les propos racistes, on passe au sexisme, évidemment. Mais cette fois-ci, j'ai eu un peu plus de répartie :

- Remarquez, les hommes aussi ! et je suis descendue au sous-sol en espérant ne pas le croiser en remontant.

mardi 3 décembre 2019

Je me souviens... L'araignée (7)

Il y a eu quelques semaines de pause dans mes souvenirs d'enfance du mardi. Tant pis. C'est reparti ;)

Un jour (je n'étais pas vraiment enfant, plutôt ado), j'étais tranquillement assise aux toilettes quand une grosse araignée, noire, velue et pleine de pattes, m'est tombée sur la cuisse. J'ai poussé plusieurs hurlements stridents tout en éjectant l'intruse d'une main ; celle-ci est partie s'écraser sur le carrelage un mètre plus loin, et a recroquevillé ses pattes devenues raides, manifestement morte. Je crois que je suis restée à la fixer, encore sous le coup de l'émotion, jusqu'à ce que ma mère, alertée par mes cris, n'arrive quelques secondes plus tard.

Elle m'a dit qu'elle ne m'avait jamais entendu crier comme ça, et effectivement, je ne me souviens pas avoir souvent eu plus peur que ce jour-là, même dans des situations ou on devrait rationnellement être plus effrayé que par une petite araignée...

mercredi 21 novembre 2018

Instant de vie - La sonnerie de portable

Je fais la queue devant un petit kiosque pour m'acheter des chewing-gums. Devant moi, un homme est au téléphone, apparemment avec sa copine, et fait profiter tout le monde de sa conversation.

Quand arrive son tour, il demande des cigarettes, et la vendeuse lui lance :

- Elle est trop bien, votre sonnerie de portable ! C'est quoi ? Je peux la télécharger quelque part ?

Moi qui croyais qu'elle allait lui faire une remarque... Ça m'a bien fait sourire !

dimanche 1 décembre 2013

De l'art de dissimuler des infos

Détrompez-vous, je ne parlerai pas ici des politiciens mauriciens, mais bien de publicitaires...

Le matin, il arrive que nous ayons la flemme de sortir acheter du pain. Dans ce cas, pas de soucis ! Nous mangeons ça :


C'est la version un peu meilleure marché des Weetabix, une marque de céréales très connue ici. C'est plutôt bon, c'est rapide...

Toutefois, il semblerait que la marque ait une drôle de manière de convaincre sa clientèle francophone que ses produits sont bons pour la santé. Regardez plutôt les ingrédients au dos de l'emballage :



En français, on lit : « Blé entier (Gluten), Vitamines (Vitamines B1 (Chlorhydrate de Vitamine B1), Vitamines B2 (Riboflavine), Niacine) et fer (fer électrolytique). »

Mais si on regarde juste à côté... non, pas la version en arabe, celle en portugais ! Juste après le « Trigo inteiro » qui ne peut guère être autre-chose que du blé entier, on voit le mot
« açucar » qui, si je ne m'abuse, signifie... « sucre » ! En gros, si vous parlez français, vos céréales du matin ne contiennent que du bon : vitamines et blé. Si vous parlez portugais, par contre, attention ! On vous ajoute du sucre. Si un arabophone venait à passer par là, ça m'intéresserait fortement de savoir ce qu'il en est dans la version en cette langue.

Ca me rappelle le coup de la boîte de billes qui en contient 42 dans certaines versions, et 36 dans d'autres.

Mais le plus drôle se trouve dans la petite explication juste au-dessus :

« Ajoutez juste du lait, saupoudrez de et régalez-vous ! »

Nan mais sérieux, le traducteur a eu un trou de mémoire, ou quoi ?

vendredi 29 novembre 2013

Instant de vie - Vous êtes française ?

A la bibliothèque, je pose un livre et ma carte sur le comptoir.

L'homme me regarde, paraît un peu surpris, semble ne pas savoir ce qu'il doit faire.

- C'est pour emprunter, marmonné-je.

Il me regarde encore, hésite.

- Vous allez prendre ça ?

J'acquiesce.

- Vous êtes française ?

- Non.

(Finis les « non, je suis Suisse » polis et timides)

- Mauricienne ?

Je souris, mais je ne réponds pas. Ce bonhomme m'amuse.

Il s'est enfin souvenu de ce qu'il devait faire, scanne ma carte, le code-barre du livre. Remet ses lunettes en place.

- Et vous, vous êtes Mauricien ?

- Pardon ?

- Vous êtes Mauricien ?

- Oui.

- Ah bon, c'est bien.

Il prend le reçu, le coince sous la couverture du livre. Je souris toujours, ris intérieurement. Je me sens bien, involontairement il égaie ma journée. Lui a l'air plutôt embarrassé. Mais je ne peux m'empêcher d'en rajouter encore un peu.

- Les Mauriciens sont curieux, dis-je d'un ton enjoué.

- Non, ce n'est pas de la curiosité... Ils sont amicaux, plutôt.

- Moi, je trouve qu'ils sont plutôt curieux.

Et je me mets à rire, avant de lui souhaiter une bonne journée.

samedi 15 juin 2013

Le feu... du mois

Il est midi à Paris, c'est l'heure de la photo du mois ! Et après "l'eau", le thème de ce mois-ci est "le feu".

Sur la page Facebook de l'événement, certains participants en mal d'inspiration ont laissé entendre qu'il ne leur restait plus qu'à brûler leur appart' pour avoir du feu à photographier. Je ne suis quand même pas allée jusque-là, mais disons que c'est une drôle d'histoire qui m'a permis d'avoir ma photo.

Mercredi soir, il est six heures et demi, et nos invités - un gars et une fille de Hong Kong que nous avons hébergé quelques jours par Couchsurfing - sont en train de cuisiner. Les effluves de délicieux plats chinois se font déjà sentir : viande et aubergines, omelette, boeuf à la sauce Sichuan...

Mais c'est là qu'est arrivée... la guêpe. Une grosse guêpe comme on en a ici, qui s'est mise à bourdonner dans la cuisine, près du néon. Mon invité me demande ce qu'il peut prendre pour la chasser, je lui indique le balai. Il fait alors quelques moulinets avec, mais la vilaine refuse de s'en aller. Il attend donc que la bestiole se pose, et... paf !

Un fracas de verre se fait entendre et la lumière s'éteint d'un coup ; il avait cassé le néon !

Sur le moment, je n'ai pas su si je devais m'énerver ou éclater de rire. Le pauvre était tout penaud... et je le comprends ! On a ramassé les débris de verre, et afin d'avoir un peu de lumière, je suis allée chercher deux bougies. Si nos (arrières ?) grands-parents pouvaient s'éclairer grâce au feu, on pouvait bien le faire, nous aussi !

Notre invitée a continué à cuisiner, imperturbable
Si vous voulez voir les appartements cramés des autres participants (enfin... peut-être), c'est par ici :

Akromax, Djoul, Sinuaisons, Dr. CaSo, Anne Laure T, Filamots, flechebleu, Caro from London , Cathy, Stephane08, scarolles-and-co , Lavandine, Cricriyom from Paris, Leviacarmina, Claire's Blog, Angélique, A bowl of oranges, Morgane Byloos Photography, Thalie, Calamonique, Un jour, une vie, Alexinparis, magda627, Guillaume, Solveig, El Padawan, Hibiscus, Akaieric, La Nantaise, Caterine, Louisianne, François le Niçois, Chloé, E, Nie, Lau* des montagnes, Lucile et Rod, Cocosophie, Krn, Les voyages de Lucy, Mamysoren, Une niçoise, Cath la Cigale, Sophie Rififi, BiGBuGS, Happy Us, Giselle 43, Frédéric, La Fille de l'Air, Cara, Nicky, Gilsoub, Mimireliton, Alice Wonderland, Photo Tuto, Anne, Julie, MissCarole, La Papotte, Arwen, Ori, Pilisi, Cherrybee, Tuxana, Alban, Carnets d'images, Elodie, Thib, Blogoth67, Hypeandcie, Caro JulesetMoa, Xoliv', Ava, Bestofava, Galinette, Laulinea, Gizeh, Cindy Chou, Wolverine, Isaquarel, DelphineF, Eurydice, Chat bleu, Viviane, Céline in Paris, Josiane, Christelle, M, Tambour Major, Isa ToutSimplement, Zaza, Mathilde, La voyageuse comtoise, Christophe, N, Fanfan Raccoon, Lyonelk, A'icha, Cekoline, J'adore j'adhère, Laurent Nicolas, La Messine, Marmotte, LisaDeParis, Dame Skarlette, Champagne, Renepaulhenry, Violette, The Parisienne, Homeos-tasie, L'Azimutée, Les bonheurs d'Anne & Alex.

vendredi 31 mai 2013

Je me suis trompée d'appartement... ou pas.

En rentrant, ce soir, je me suis demandé chez qui j'étais entrée.

A qui donc appartenait cet appartement ? Il n'était pas dans son état normal.

Propre comme un sou neuf et parfaitement rangé, aucun jouet ne trainait sur le sol. La lapine était tranquillement installée dans sa cage à l'entrée, sa litière sentait bon les copeaux de bois. Les chaussures étaient sur leur étagère, bien alignées. La table, habituellement encombrée de journaux et de papiers en tout genres, était complètement dégagée, et il n'y avait pas de vaisselle sale dans l'évier.

La vaisselle que vous voyez dans le miroir est propre et en train de sécher

Tiens ?

Ah ben si, c'était bien chez moi. J'avais oublié que mon homme et moi avions fait le ménage à fond le soir précédent et le matin même, en prévision de la venue d'invités qui nous ont lâchés au dernier moment n'ont finalement pas pu venir.

Eh bien vous savez quoi, je me suis sentie toute dépaysée. Si.

Mais rassurez-vous, le sentiment n'a pas duré longtemps. Le Bibou s'est vite chargé de me faire me sentir plus à mon aise.

- On met le ballon à sa place ! a-t-il déclaré en le posant sur la table.

La "place" du ballon, selon le Bibou

- Et la voiture de police aussi, a-t-il ajouté en la posant par terre. Et le train. Et le camion de pompier. Et...

La voiture rouge...
Merci, Bibou.

Ouf, enfin chez moi

mardi 23 avril 2013

Les Mauriciens aiment les bébés... et vous ?

L'autre jour, j'amenais le Bibou à crèche, à deux pas de chez nous, en le poussant dans sa poussette. Alors qu'on passait à sa hauteur, une dame d'une cinquantaine d'années qui discutait avec une voisine s'est extasiée :

« Guett bébé ! Bébé inn vinn grand aster ! »

Elle s'est approchée, tout sourire, pendant que je lui disais qu'il avait eu deux ans. Elle lui a ébouriffé les cheveux d'une main, puis l'a embrassé.

« Li pé al lékol, là ? » m'a-t-elle encore demandé. « Oui, mo pé al quitte li la crèche. »

Cette dame, je ne la connais que de vue, nous n'avons pas souvent discuté. Mais ici, les gens en général (et les femmes en particulier), aiment beaucoup les enfants. Ils n'hésitent pas à leur caresser la joue, à leur parler, ou même à les prendre dans les bras.

J'aime bien cette manière de faire, très ouverte. En Suisse, et en Europe en général (à part peut-être dans le Sud), on est beaucoup plus réservé. On échangera peut-être quelques sourires avec un petit dans les bras de sa maman, mais on n'osera pas le toucher.

Bibou n'était pas très rassuré sur le manège... heureusement que sa marraine était là !


Quand le Bibou était plus petit, c'était encore plus évident. Plusieurs fois, quelqu'un a remis sa sucette dans la bouche de notre nourrisson qui pleurait ou tiré sa couverture sur lui, alors que nous étions au supermarché. Je n'ai pas compté toutes les fois où une personne a gentiment ramassé un jouet qu'il avait laissé tomber. Sans eux, on en aurait perdu encore beaucoup plus.

A quelques mois, notre Minus faisait fondre toutes les vendeuses et autres serveuses. Quand on allait dans un magasin, le Bibou se retrouvait presque invariablement dans les bras des employées, qui le câlinaient et le faisait se promener. Très pratique quand vous voulez choisir des vêtements sans un bébé qui hurle dans sa poussette ! Au resto, même affaire. D'ailleurs, ça arrive encore, même maintenant qu'il a un peu grandi. Il y a deux semaines, alors que ma Maman et ma sœur étaient là, un serveur (eh oui, un homme) l'a pris dans les bras pour lui montrer la "télé" (au fait l'écran sur lequel on enregistre les commandes). Ça nous a fait un peu de repos, surtout que le Bibou était bien insupportable excité ce soir-là.

Mais le plus surprenant, c'était une fois, dans le bus, alors que le petit devait avoir 8 ou 9 mois, si je me souviens bien. Le bus était arrêté à la gare routière, nous étions installés vers l'avant. A un moment une famille est montée et ses cinq membres se sont installés juste derrière nous. Tout à coup, j'ai senti le Bibou littéralement s'envoler... La dame derrière moi l'avait tout simplement pris dans les bras, et était en train de lui faire des gouzi-gouzi !

J'imagine que ça aurait énervé pas mal de mères - pas moi. J'ai été surprise, oui, mais finalement le geste était beaucoup plus tendre que méchant. Après quelques minutes, je l'ai repris sur les genoux...

Je ne sais pas si c'est lié, mais notre Bibou n'est pas timide. Pas trop, en tout cas. Il va facilement dans les bras d'autres personnes, et apprivoise très rapidement tous nos invités... Je vous parlerai d'ailleurs peut-être de toutes ses rencontres avec des couchsurfers du monde entier !

Bref, s'il y a quelque chose que j'apprécie ici, c'est bien l'amour des gens pour les enfants. Ils exagèrent parfois un peu, en donnant des « conseils » dont on se passerait sans problème, mais dans l'ensemble, ils sont vraiment adorables. Le Bibou lui aussi semble d'ailleurs apprécier... pour preuve, le sourire qu'il fait à chaque fois qu'il reçoit un paquet de chips ou un bonbon de parfaits inconnus !

jeudi 1 novembre 2012

Et pour les femmes, un réfrigérateur !

A la radio, j'aime bien écouter les publicités. Certaines m'ennuient, mais beaucoup me font rire. Il faut dire que les agences de pub sont plutôt douées - beaucoup plus que les groupes de presse, de manière générale, à croire que vendre des grosses marques rapporte plus que de vendre des idées.

Il y a donc beaucoup de publicités agréables à écouter, mais il y en a d'autres qui me hérissent le poil. Comme celle dont je vais vous parler : une pub pour un "super concours" organisé par une boisson gazeuse très célèbre - pas la marque rouge et blanche, l'autre.

En retournant les bouchons et capsules des bouteilles de biiiip, on peut avoir la chance d'y découvrir le superbe lot qu'on a gagné. Une voix masculine se lance donc dans l'énumération de ces lots : "IPhone, laptop, télévision, IPad..." et j'en passe. Puis une femme demande : "Ek pou moi, péna narnien ?" ("Et pour moi, il  n'y a rien ?"). C'est là que la voix d'homme lui répond (en créole, toujours) : "Ne t'inquiète pas ! Tu peux gagner une nouvelle machine à laver, un 'sandwich maker', un frigo..."


Non mais, je rêve ?

L'année dernière, je m'insurgeais déjà d'une pub pour une marque de riz, dans laquelle on entendait une femme dire : "Moi, en tant qu'épouse, ma plus grande joie c'est de voir un sourire sur le visage de mon mari et de mes enfants. C'est pour cela que j'achète le riz blablabla".

Heu, ce ne serait pas l'heure de changer un peu de mentalité, les gens ?

dimanche 30 septembre 2012

Histoires de tasses et d'eau

Le Bibou adore renverser tout les récipients qui lui passent sous la main. Si vous avez (eu) un bébé de plus d'un an (19 mois pour le Bibou), vous savez probablement de quoi je parle. La caisse à jouets, que l'on vient péniblement de remplir pour rendre au salon un aspect un peu plus présentable ? On l'agrippe des deux mains et... badaboum ! L'assiette de riz, petits morceaux de poulet et délicieux chou-fleur ? Quand maman ne regarde pas... Zou ! Sous la table.

Ce qu'il préfère toutefois renverser, ce sont ses verres d'eau. Il boit très bien, le Bibou. Pas une goutte ne lui coule sur la joue. A petites gorgées, il avale délicatement l'eau de son gobelet, respire un peu quand il faut. Mais quand il en a assez... Splatsch !

On avait un gobelet à bec, qui l'empêchait de faire ce genre de bêtises. Mais un jour... Pfuit ! Plus de gobelet. Je crains fort qu'il ne soit resté dans une allée du Jardin de Pamplemousses ou dans l'une des salles du Château de Labourdonnais. Pas malin.

Du coup, il fallait en retrouver un. Eh bien, au lieu de reprendre le même, nous avons opté pour... un gobelet magique ! ("Ma première tasse de grand" de la marque Avent)



Ça ressemble à un gobelet normal, mais il n'est pas complètement ouvert. Il est recouvert d'une sorte de valve : le bébé peut boire de tous les côtés, comme dans un verre, mais quand il le retourne rien ne coule ! (enfin, en principe).


On a donc testé cette merveille hier. Quand le Minus m'a dit : "Zai foif ! Ze veux de l'eau !", je lui ai dit : "Tiens, bois dans le gobelet magique".

Le Bibou a alors inspecté la chose... Puis une petite étincelle maléfique s'est allumée dans ses yeux, les coins de ses lèvres se sont relevés en un sourire fripon, et il a retourné la tasse. "Haha ! Un à zéro, Bibou !" aurais-je pu m'écrier à ce moment-là.

Je l'ai alors incité à boire - ça marche, on dirait - il a bu, et quand il en a eu assez... il l'a retiré brusquement de sa bouche comme pour le renverser. Et là : flic, floc, un petit peu d'eau est tombé. Bon. On va dire qu'on a évité le pire. Là où il aurait pu y avoir une mare, il y a eu quelques gouttes. Victoire !

mardi 18 septembre 2012

Pédagogie, pédagogie

Depuis le début du mois de septembre, le Bibou a changé de section à la crèche. Il n'est maintenant plus avec les bébés (il était temps !) mais avec les "grands" de 2 ans. Il apprend à s'assoir à une table pour jouer à des jeux de construction ou faire des dessins, bref, il a enfin des activités variées.

Le hic, c'est que tous les jours, ils le font aussi... regarder la télé ! Et ça, on trouve ça vraiment aberrant. Habituer un enfant de 18 mois à s'assoir sans bouger devant un petit écran, c'est tout à fait ridicule. Apparemment, ça semble malheureusement être comme ça dans la plupart des crèches. A partir de janvier, nous avons décidé de le changer d'endroit ; il ira dans une crèche où il y a un jardin et où les enfants vont donc souvent jouer dehors, ce qui n'est pas le cas là où il est pour le moment (il reste dans une petite salle toute la journée). Mais là-bas aussi (et malgré le coût beaucoup plus élevé), il semblerait qu'ils aient cette (mauvaise) habitude...

Sinon, hier matin, une de ses miss m'a fait une démonstration de sa pédagogie hors du commun. Quand je suis allée le déposer, le Bibou a comme toujours refusé d'entrer tout de suite dans la salle. Il est vraiment drôle : il passe, tout content, par le bureau du directeur que l'on doit traverser, passe dans le couloir, tout fier, mais devant la salle où se trouvent ses miss et ses petits camarades, il hésite. Et hier, donc, une de ses miss, pour le faire entrer, lui a proposé... un biscuit ! Au moment où il allait le prendre, elle a dit : "Entre d'abord !".
Ah, c'est donc ça, la pédagogie qu'on utilise dans les crèches, maintenant ?

jeudi 13 septembre 2012

Instant de vie - Le grand naïf

L'autre soir, alors que je rentrais du travail, poussant mon vélo dans une rue en sens interdit, un marchand en train de remballer ses affaires me hèle.

"Miss ! Miss ! Miiiiiss !"

Je fais d'abord mine de ne rien entendre, mais comme ses appels devenaient de plus en plus insistants ("Miiiiiiiiiiiiiiiss !") et que je craignais pour ses pauvres cordes vocales, j'ai fini par me retourner.

"Miss, je vous raccompagne ? On met la bicyclette dans la voiture !"

C'était tellement stupide que j'en ai ri.

dimanche 26 août 2012

Instant de vie - How old is your baby ?

En balade au Caudan, je courais derrière le Minus qui se sauvait quand un homme d'une trentaine d'années me demande, en anglais, quel âge il a. "Mon fils a 15 mois. Je me disais que peut-être, il était comme le vôtre."

Une petite discussion commence. L'homme est philippin, il travaille sur un bateau qui fait escale à Port-Louis. Il n'a pas vu sa femme et son bébé depuis six mois. "Quand je lui ai parlé au téléphone, elle m'a dit qu'il courait partout".

Il me demande si le Bibou sait parler. Le sien sait semble-t-il dire "papa", "maman" et "dehors". Pendant qu'on parle, mon petit continue de se sauver - le manège qui tourne, avec ses petits chevaux qui montent et descendent, l'attire énormément. Je dois abréger la conversation. J'en garde une marque, un souvenir... J'aime ces petits instants de vie.


samedi 2 juin 2012

Passera, passera pas ?

Depuis ce matin, l'Homme est au plus mal. Au fond de son lit depuis le début de la journée, il n'accepte d'en sortir que pour prendre ses médicaments. Se sentant très faible, il n'est pas sûr de passer la nuit ; et si ce n'est pas dans les prochaines heures que la Grande Faucheuse passe le prendre, cela ne saurait être plus tard que la semaine prochaine...

Bref, vous l'avez compris, mon chéri a la grippe.

Et comme tous les hommes, il a dans ces cas-là de fâcheuses tendances hypocondriaco-paranoïaques. Il a donc eu besoin d'un peu de compagnie pendant que sa tendre moitié se rendait au travail ; quelqu'un surtout qui puisse s'occuper de la petite terreur qui nous sert de Bibou. Chéri a donc appelé... je vous le donne en mille... sa maman. Qui d'autre mieux qu'elle aurait pu prendre soin à la fois du Minus et du moins minus ? A peine arrivée, elle a posé sa main sur le front du mourant du malade, et s'est empressée de lui faire une décoction de jus de citron et de miel. Ça, c'est de la super-maman ! Franchement, je ne suis pas tout à fait sûre que j'en ferai autant pour mon fils dans 23 ans (garder son adorable petit garçon, sans souci ! Traiter le père comme s'il avait huit ans, rien n'est moins sûr).

La tendre moitié de retour, super-mamie s'en est allée, et nous nous sommes donc retrouvés tous les trois. Eh bien, je vous avais déjà raconté sur ce blog que le rhume avait tendance à rendre mon Bibou grognon - aujourd'hui, j'ai (re)découvert que la grippe avait les mêmes propriétés pour le père ! Heureusement pour moi, il a passé, comme je l'ai déjà dit, la plus grande partie de son après-midi au lit. Et le Minus a décidé d'être gentil ; il a joué bien sagement dans son coin, n'ayant ronchonné que quand il a commencé à avoir faim (dans ces cas-là, quelques grains de raisin et un biscuit, et hop ! on n'en parle plus).

Au soir, mon chéri était d'un peu meilleure humeur - et en meilleur état. On a même réussi à manger ensemble le briani reçu de notre voisine, et à décorer notre mur de cartes postales* en prévision de la venue d'amis, demain. Peut-être bien - qui sait ? - que mon chéri passera la nuit, finalement.


*Rappelez-moi de penser à vous expliquer, dans un prochain post, pourquoi nous avons subitement des tonnes de cartes postales, reçue d'un peu tous les coins du monde.

dimanche 20 mai 2012

Un samedi soir à deux

Hier soir, un samedi, on se retrouve chez mes beaux-parents, à hésiter entre y passer la nuit et rentrer chez nous, quand une idée est lancée : et si on profitait des babysitters pour aller au cinéma ? Depuis deux ans et demi que je vis à Maurice, je n'y étais encore jamais allée.

Nous n'avons le choix qu'entre trois ou quatre films, et nous avons opté pour du léger : Sur les traces du Marsupilami, de et avec Alain Chabbat, Jamel Debbouze... Un bon moment de rigolade. Et une soirée sympa en couple, ce qui nous arrive très rarement.

Sur le chemin du retour, que nous parcourons à pied, nous croisons des prostituées qui attendent leurs clients, des sans-abris qui dorment sous des cartons et un snack toujours ouvert - alors que le McDonalds, à onze heures moins cinq, avait déjà fermé portes et cuisines.

Lorsqu'on arrive, les hommes - beau-père, beaux-frères - sont devant le foot; nous, nous savourons le riz frire que nous n'avions pas eu le temps de manger avant. Une belle soirée, le cœur léger pour s'endormir. Jusqu'à-ce que le Minus ne nous tire des bras de Morphée.

mardi 1 mai 2012

Le Bibou et sa ménagerie

Le Bibou apprend de nouveaux mots presque tous les jours. Aujourd'hui, c'était "Hi-han", le cri de l'âne. Il s'est littéralement endormi en le répétant.

Ses rêves doivent être peuplés d'animaux. Tous les soirs, dans son berceau, il récite tout ce qu'il connaît : "Toutou, toutou !", "Cana, cana !" ("canard"), "Chat !" (il le dit avec un drôle de son "ch" chuintant, et toujours sur un ton émerveillé : "Shaaaa"), "Hou, hou, hou, hou" (le cri du toutou). Il sait même dire "tortue" ("tatuuu !") !

Le soir du jour où nous sommes allé voir les vaches, je lui ai dit, alors qu'il était déjà dans son petit lit : "Tu te souviens, aujourd'hui, on a vu des vaches, des chèvres, un toutou... Tu pourras rêver d'eux cette nuit." Assis dans son berceau, il a eu l'air de réfléchir, puis a lancé, triomphal : "Val !"

Le Bibou, futur fermier ? A moins qu'il ne devienne animateur radio, ou tout autre métier où on cause beaucoup.

jeudi 29 mars 2012

Pluie un jour, pluie toujours

La pluie n'a pas cessé. On en est au quatrième jour d'affilée. Il y a de petits moments d'accalmie, comme ce matin. Il faisait beau, un petit rayon de soleil... du coup, je suis allée au travail à vélo, ce que j'avais renoncé à faire ces quelques derniers jours.

Eh bien, quand je suis sortie du boulot, à cinq heures et demi, il pleuvait des cordes ! (Dans mon pays de Neuchâtel (presque) natal, on aurait dit qu'il roillait !) Comme je n'avais quand même pas envie de laisser là ma bicyclette, je l'ai enfourchée, et me suis mise à pédaler. Après tout, je serais moins longtemps sous les gouttes. Enfin, c'était sans compter sur un feu rouge, auquel j'ai dû m'arrêter.

Là, un automobiliste s'est arrêté à côté de moi. J'étais sur la voie de gauche, lui sur celle de droite, dans une rue à sens unique. Le passager, à l'avant, a ouvert sa fenêtre, et commencé à me faire la conversation.

"Il pleut, ena lapli"

Je l'ai regardé, et ai répondu, en créole : "Ah bon, ça s'appelle de la pluie ? Je ne savais pas."

Il ne s'est pas laissé démonter.

"Tu habites où ?"

Agacée, je lui ai demandé s'il voulait mon adresse et avait l'intention de m'envoyer une carte postale.

"Oui !" Il jubilait, très fier de sa technique de drague à la pointe de l'innovation. Il a continué, dans un français approximatif : "Un petit promenade quand il y a la pluie, c'est bon." - "Ah ouais ? Eh bien viens, mo passe toi mo bicyclette, to passe moi to loto, ok ?" A ce moment, la voiture derrière lui a klaxonné, le feu était passé au vert.

Arrivée chez moi, je n'ai pas pu résister à aller jeter un coup d’œil au canal au bout de la rue. Mais si, je vous en ai déjà parlé ici. Celui qui d'ordinaire, ne contient qu'un mince filet d'eau, au milieu, bien qu'il soit beaucoup plus large. Eh bien, aujourd'hui, ce n'était pas un filet, mais des trombes de flotte qui filaient vers la mer, un ou deux kilomètres plus loin.

Le canal hier soir, gorgé d'eau

Le canal en temps normal

Résultat de ces pluies : 80% d'humidité dans l'air (sisi, dixit le machin professionnel qu'utilise mon chéri pour son projet). Autant dire que la lessive met du temps à sécher, et que ce n'est pas le bon moment pour penser à passer la serpillère. L'autre résultat, beaucoup plus positif, c'est que les réservoirs - qui approvisionnent l'Ile en eau potable - se remplissent. Le plus important, Mare au Vacoas, reste encore au-dessous des moyennes saisonnières - les habitants des Plaines Wilhems continueront à ne recevoir de l'eau que pendant 4 à 6 heures par jour - mais il y a une petite amélioration, tout à fait bienvenue. D'autant que la saison cyclonique touche à sa fin et que l'hiver, les précipitations sont moins importantes.

Pour terminer, voilà la version vidéo de l'image de tout à l'heure (je suis toute fière d'avoir enfin su / eu le temps de charger ma vidéo sur youtube) :


PS: Aujourd'hui, je suis (presque) aphone ! Pas facile de donner des cours comme ça, je ne sais pas comment je me suis débrouillée. A la maison, c'est chuchotements obligatoires.